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Alex Bompard, Fnac : "Reconnaître enfin le rôle essentiel des distributeurs"

Alex Bompard, Fnac : Tribune d'Alexandre Bompard, p-dg du Groupe Fnac, à la veille de l'ouverture du Midem de Cannes et de la signature, samedi 28 janvier, entérinant la création du Centre National de la Musique :

"La révolution internet a profondément bouleversé le monde de la musique. Les modes de consommation n'ont jamais été aussi diversifiés, l'accès aussi large et la musique autant écoutée. Elle est la troisième activité culturelle préférée des Français et il est désormais possible d'écouter de la musique de manière illimitée, partout et tout le temps. Face à ces évolutions, la Fnac, même si elle n'est pas parvenue à s'imposer comme un opérateur de musique numérique sur un marché saturé par un acteur hégémonique, n'est pas restée inactive. Elle a lancé, à travers son plan Fnac 2015, de nombreux projets pour proposer une offre moderne de musique : mise en avant de fnac.com dans les magasins et d'une offre légale avec la vente de cartes de téléchargement ; conclusion de partenariats stratégiques pour accompagner le développement des nouveaux talents et l'autoproduction ; renforcement de notre position de leader de la billetterie ; création des univers musique en magasins rassemblant en un seul lieu les œuvres et les produits liés à leur écoute.
Mais la révolution numérique de la musique emporte également deux conséquences majeures : l'offre s'appauvrit et s'homogénéise avec un déclin des nouvelles références et une concentration croissante sur les best-sellers ; le téléchargement illégal et les offres dites gratuites font tendre la valeur économique de la musique vers zéro, ce que les économistes appellent un « bien public pur », mettant l'intégralité de la filière sous tension. Depuis 2003, le marché de la musique enregistrée a été divisé par deux. Certes, le téléchargement a progressé d'environ 21% en valeur en 2011, mais seuls 7% sont des fichiers payants. Le streaming, quant à lui, est avant tout utilisé comme produit d'appel, notamment à des offres de téléphonie. Les nouvelles formes d'écoute ne suffisent donc pas, loin s'en faut, à compenser l'effondrement du marché du disque qui a perdu 60% de sa valeur en 7 ans. En effet, 75% des revenus de la musique continuent à être assurés par les ventes de musique physiques. C'est donc sur le disque que repose encore l'équilibre économique de la filière. Par conséquent, les distributeurs, acteurs oubliés du débat et des politiques publiques, permettent depuis 10 ans, via les ventes de disques, de porter toute l'économie de la filière. Alors que le marché du disque se réduisait de plus de moitié, ils ont assuré aux labels et aux producteurs, la promotion des artistes et des œuvres. Mais en assumant ce rôle, ils ont été la principale variable d'ajustement de la crise. Tower Records aux Etats-Unis ou encore Zavvi en Grande Bretagne ont tout simplement fait faillite. En France, les grandes surfaces se retirent du secteur et nombre de disquaires indépendants ont disparu. Seuls quelques distributeurs, tels que la Fnac, essayent de maintenir leur rôle.
Premier disquaire de France, la Fnac propose plus de 200 000 références dont le tiers environ ne sera jamais vendu dans l'année. C'est à ce prix que nous maintenons le catalogue le plus large, le plus diversifié et que nous assurons la promotion de nouveaux talents. Cette mission a un coût, devenu insoutenable. En 2011, nous avons vendu 16 millions d'albums, soit 6 millions de moins qu'il y a 5 ans et une perte de chiffres d'affaires de plus de 100 millions d'euros. Rien qu'en 2011, notre activité musique présente ainsi un déficit de 20 millions d'euros. Face à de telles difficultés comment pouvons-nous continuer à assurer une place aussi importante au disque dans nos magasins ?
Demain s'ouvrira la 46ème édition du Midem où toute la filière sera réunie pour signer l'accord entérinant la création du Centre national de la musique. Ce peut être l'occasion de reconnaître enfin le rôle essentiel des distributeurs spécialisés à sa juste valeur et répondre à l'urgence de leurs difficultés. Une série de mesures pourrait y parvenir : alignement de la TVA du disque sur celle du livre pour ne plus laisser un avantage de plus de 15 points aux acteurs américains qui pratiquent le dumping fiscal ; réallocation des aides publiques prioritairement en faveur des distributeurs ; allongement des délais de paiement aux fournisseurs et mise en place d'un système de dépôt-vente...
L'avenir de la musique sera certes numérique mais tous les acteurs de la filière doivent pouvoir s'y préparer et réussir leur transition. La disparition brutale des disques chez les distributeurs spécialisés, dernier point de rencontre entre une œuvre et son public, anéantirait toute chance de mutation d'une industrie aux ressources inestimables."


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Vos réactions

  • Romain a écrit le 28/01/2012 à 20:20 :

    • Le patron de la Fnac signe cette tribune au moment où il se retire du Syndicat des distributeurs de loisirs créatifs (SDLC), lequel a signé le protocole d'accord du CNM ce 28 janvier au Midem...

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