Vous êtes abonné, identifiez-vous
INTERVIEWS - DÉCIDEURS

Olivier Montfort (EMI Music France)

Olivier Montfort (EMI Music France) Il avait quitté la musique après avoir été remercié par Sony BMG une fois la fusion achevée. Le revoilà chez EMI...



Musique Info : Après un passage chez Europacorp, vous revoilà à la tête d'une major du disque...

Olivier Montfort : C'est moi qui ai appelé EMI. Quand j'ai quitté Sony BMG, je ne pensais pas du tout revenir dans la musique. Mais le timing a été incroyablement bon car je me suis retrouvé libre de toutes obligations dix jours avant qu'EMI ne soit à la recherche de quelqu'un.

M.I. : Un véritable challenge, que celui de reprendre les rênes d'EMI, une major à l'avenir très incertain et racheté par Terra Firma, fonds d'investissement vu d'un mauvais œil par beaucoup, et notamment par certains de vos artistes...
O. M. : Je trouve plutôt bien qu'il y ait un seul propriétaire plutôt que d'être lié à la bourse. Par ailleurs, les gens de Terra Firma ont une grande expérience sur la façon d'aider des entreprises en difficulté, dans des secteurs en difficulté. Terra Firma est un actionnaire unique, il fait son métier d'actionnaire unique. Il met à disposition, en complément des équipes d'EMI, des gens  très spécialisés dans certains domaines. C'est indispensable aujourd'hui si on veut sauvegarder l'essentiel, qui est de développer des artistes. Par ailleurs je trouve que la volonté d'embaucher, au niveau du management, des gens très spécialisés dans certains domaines et de travailler en équipe, est une véritable force. Elio Leoni-Sceti a une grande expertise marketing et est fan de musique. Ce mélange là donne un leader qui a une vraie vision, qui essaie de créer des méthodes de travail différentes. Egalement, Billy Mann a été embauché à l'artistique au niveau mondial. C'est un homme d'expérience.

M.I. : Justement, en matière d'équipe, avez-vous l'intention de vous entourer de certaines personnes ?
O. M. : Ca n'a jamais été ma philosophie. J'ai rencontré une très grande partie des gens qui travaillent ici et j'ai été séduit, rassuré et excité par les rencontres que j'ai pu faire. Ma volonté n'est pas de tout casser et de mettre mon équipe en place. Bien au contraire. Je trouve que la promotion interne est un élément fédérateur pour souder une équipe. Tous ceux qui ont choisi de ne pas partir méritent d'être écoutés. Après, peut-être qu'au bout d'un certain temps des désaccords apparaîtront, ou que je jugerai que certains besoins de l'entreprise ne peuvent pas être solutionnés en interne, et là les choses seront différentes.

M.I. : Quels sont vos objectifs et stratégies à court et moyen terme pour EMI France ? On a vu sa part de marché s'étioler et passer définitivement derrière Warner en fin d'année dernière...
O. M. : La part de marché, ça ne veut pas dire grand-chose. Ce qui m'intéresse, c'est qu'EMI retrouve sa juste place, aux niveaux international et local. Je veux dire par là découvrir des talents, les développer, trouver des idées différentes pour que la musique soit consommée d'une manière légale, en étant très proche du consommateur.

M.I. : Estimez-vous que votre passage chez Europacorp est un plus pour diriger à nouveau une maison de disques ? Ce sont deux industries parallèles mais qui se rejoignent sur certains points.
O. M. : Ce qui est important, c'est d'avoir une multitude d'expériences différentes. Se confronter à de nouveaux business models. En plus, cela m'a permis de prendre du recul, car ça n'est jamais très agréable de vivre une fusion. D'un seul coup vous êtes remercié... Quand on n'a pas fait de bêtises et qu'on a réussi un plan difficile à faire en France, ça n'est pas évident à vivre. Tout cela est désormais loin pour moi. Mais je reviens en n'étant pas du tout la même personne qu'il y a quatre ans.

M.I. : Un nouveau plan social dans les mois qui viennent est-il à craindre ?
O. M. : Ca n'est pas dans mes objectifs. Nous sommes en train de finir la centralisation de certaines fonctions du back office. Pour le reste, c'est le moment de remettre les gens au travail, de les rassurer.

M.I. : On reparle par ailleurs beaucoup d'une éventuelle fusion avec Warner. Pensez-vous que cela puisse être le cas dans un avenir plus ou moins proche ?
O. M. : Mon objectif est clair et net, EMI a eu beaucoup de soucis en France, un nouveau management est mis en place, une nouvelle stratégie, et ce qui est en train de se faire sur le back office va nous permettre de dégager des marges de manœuvre. C'est cela l'important.

M.I. : La réorganisation récente en trois pôles, mise en œuvre par Elio Leoni-Sceti, vous paraît-elle fonctionner ?
O. M. : Il est primordial que l'artistique, le marketing et la promotion travaillent ensemble. Pour à la fois continuer à faire notre métier de développement d'artistes, et offrir à ces artistes le maximum de services. Nous sommes par exemple leader sur les synchros, nous sommes les premiers à avoir fait tomber les DRM...C'est cela aussi la réalité.

M.I. : EMI veut se positionner en leader dans le domaine du numérique. Justement, Morvan Boury qui était en charge de ce pôle est parti récemment. Comment va-t-il être remplacé et quelles sont vos ambitions pour le numérique ?
O. M. : Morvan avait une casquette européenne. Il y avait une équipe en France qui est toujours là. Morvan ne sera pas remplacé mais aujourd'hui, il n'y a plus d'unité « digital » à proprement parler. Désormais, le digital est irrigué dans les trois pôles.

M.I. : Avez-vous la volonté, comme ont pu le faire d'autres majors, de faire l'acquisition d'une société de spectacle ?
O. M. : Ca n'est pas forcément intéressant. Nous avons une salle de concert ici, nous sommes en train de réfléchir à ce que nous allons en faire. C'est un formidable outil, pourquoi ne pas l'ouvrir au public, qui sait ? Maintenant que tous ces problèmes de réorganisation sont derrière nous, nous pouvons nous intéresser au reste.

M.I. : L'examen du projet de loi Création et internet est au centre de l'actualité de la filière. Croyez-vous en la nécessité de cette loi ?
O. M. : Cette loi est un minimum indispensable. Quand elle sera votée, il faudra poursuivre les réflexions pour l'améliorer et l'adapter mais le vote est un préambule indispensable. Ce que nous sommes en train de vivre en France est de la plus basse démagogie. Il faut remettre en place les choses essentielles, c'est-à-dire que l'artiste et son producteur aient la possibilité de décider ce qu'ils veulent faire de l'œuvre.

M.I. : Etes vous pour une taxation des fournisseurs d'accès ?
O. M. : En France on parle toujours de taxe. Pour moi, ça n'est pas la bonne solution.

M.I. : Sans parler de taxe alors, pensez-vous que les FAI doivent contribuer au financement de la création ?
O. M. : Bien sur. Sous certaines formes intelligentes. Il faudrait déjà qu'au niveau des FAI il y ait une vraie prise de position contre la piraterie.

M.I. : Emmanuel de Buretel, p-dg de Because, a regretté que les majors ne s'investissent pas plus dans la recherche et le développement et a décrété que c'était en partie la raison de la situation dans laquelle le métier se trouvait aujourd'hui. Qu'en pensez-vous ?
O. M. : Chacun son métier ! Il y a des spécialistes des technologies ! Nous, nous sommes là pour créer du contenu.

M.I. : Parlons un peu contenu justement...
O. M. : Je veux reprendre les signatures. A condition qu'elles soient adaptées et saines. Nous sommes déjà sur des deals mais il est trop tôt pour en parler. Je suis en tous cas ravi de débuter avec deux belles sorties, à savoir Depeche Mode et Ben Harper.
Recueilli par Maud Philippe-Bert et Romain Berrod


Vos réactions

Commentaires sur l'article

Pseudo :

Vous avez un commentaire à faire sur cet article ? Faites en part en remplissant le champ suivant :

obtenir un autre code


Imprimer Partager sur facebook

A LIRE AUSSI
Lorne Abony (Mood Media Corporation) : « La communication en magasin est une excellente plateforme pour toucher de nouveaux consommateurs »Lorne Abony (Mood Media Corporation) : « La communication en magasin est une excellente plateforme pour toucher de nouveaux consommateurs »
Éric Walter, secrétaire général de l'HadopiÉric Walter, secrétaire général de l'Hadopi
Denis Ladegaillerie (Snep) : « Il me paraît important d'établir des prises de position communes avec l'Upfi »Denis Ladegaillerie (Snep) : « Il me paraît important d'établir des prises de position communes avec l'Upfi »
Axel Dauchez, dg de DeezerAxel Dauchez, dg de Deezer
Eric Baptiste (Cisac)Eric Baptiste (Cisac)
Frédéric Jérome (Casino de Paris)Frédéric Jérome (Casino de Paris)
Guy Marseguerra (CNV)Guy Marseguerra (CNV)
Owen Van Natta (MySpace)Owen Van Natta (MySpace)
Nathalie Kosciusko-MorizetNathalie Kosciusko-Morizet
Frédéric MitterandFrédéric Mitterand

Ce mois-ci

couv

Abonnement

Découvrez notre offre d’abonnement à Musique Info.

Sondage

Sur quel tube de l'été avez-vous le plus dansé?











Charts

Photos

Voir toutes les photos