INTERVIEWS - DÉCIDEURS
Toutes les activités de spectacle du groupe Lagardère sont désormais regroupées au sein de Lagardère Unlimited Live Entertainment, qui s'occupe de production de spectacles, gestion de salles et représentation d'artistes. Son président nous en dévoile toutes les facettes.
M. I. : Qu'est-ce qui a motivé la création de cette structure dédiée au live, au sein du groupe Lagardère ?
J. L. : Déjà, le marché du spectacle est en fort développement, contrairement à ce qui peut se dire ici et là. Il a dû enregistrer une hausse de 70 % entre 2003 et 2009, tandis que le marché du disque chutait de 50 %. Cette croissance est saine parce qu'elle est double : elle est liée à l'augmentation du nombre de représentations mais aussi à celle du prix du billet. Par ailleurs, les artistes sont de plus en plus disponibles pour faire des spectacles. L'offre, la qualité des spectacles et celle des salles font que le prix du billet augmente. On voit un marché qui se développe. C'est quelque chose qui nous intéresse. C'est par ailleurs un métier que le groupe maîtrise depuis quelques années déjà, nous produisons des spectacles depuis longtemps : le Virgin Radio Tour, la RFM Party 80 au Stade de France, la coproduction de Cendrillon, de Mozart l'Opéra Rock... Tout cela ajouté aux synergies réelles avec la partie sport de Lagardère Unlimited, notamment sur la gestion de salles et la représentation d'artistes. Trois bonnes raisons, donc, de monter une cellule dédiée qui va développer trois métiers : la production de spectacle, la gestion de salles et la représentation d'artistes.
M. I. : Vers quelle typologie de spectacles comptez-vous aller ?
J. L. : Nous allons continuer à produire ou coproduire une comédie musicale par an : c'est un marché fort, en développement, et qui a passé un cap en France depuis quelques années, dans les meilleures ventes de billets en France. Nous avons fait Mozart et serons sur Dracula. Cette activité nécessite de gros investissements mais peut aussi générer des résultats importants. Notre deuxième axe, ce sont les tournées d'artistes. Jusqu'à maintenant, nous les coproduisions et allons désormais les produire à part entière. Aujourd'hui, nous discutons avec des artistes en développement ou confirmés, dont je ne peux pas encore révéler les noms, excepté celui d'Olivier de Benoist, un humoriste, car nous serons également présents dans le domaine du one man show. Pendant très longtemps, les producteurs avaient des catalogues avec des artistes très fidèles. Mais, les temps changent, principalement parce que le spectacle devient l'une des activités principales des artistes. Ils font donc le tour des producteurs pour voir celui qui peut répondre le mieux à ses attentes.
M. I. : Combien d'artistes constitueront votre roster ?
J. L. : Je ne veux pas me donner d'objectifs, car dans le spectacle il faut saisir les bonnes opportunités au bon moment. Ils seront surtout nombreux pour la saison 2013.
M.I : Vous parlez d'artistes en développement, mais on voit qu'aujourd'hui il est devenu très difficile de remplir les salles avec ce genre d'artistes...
J.L : Ca n'est certainement pas avec les artistes en développement que nous allons gagner de l'argent. En revanche, si nous ne nous donnons pas les moyens de créer les grands artistes de demain, nous le regretterons dans 10 ans. L'économie me montre qu'un grand succès permet largement de financer des plus petits.
M. I. : Quels sont les atouts, face à une concurrence bien implantée, pour séduire les artistes et constituer votre roster ?
J. L. : Ce que les professionnels voient chez nous en premier lieu, ce sont les moyens financiers, ne nous le cachons pas, parce que les artistes veulent des tournées plus longues, des créations plus importantes et des cachets à la hausse.
M I. : Quel sera le budget annuel de Lagardère Live Entertainment ?
J. L. : Je ne saurais dire. Je sais juste que si le projet est bon, j'aurai de quoi investir. Ainsi, nous pouvons faire des offres sur tous types de tournées.
M.I : L'idée est-elle de créer des synergies fortes avec les autres activités du groupe ?
J.L : Parfois certains projets seront montés avec des médias Lagardère mais pour d'autres nous pourrons sans problème être amenés à travailler avec d'autres. Lagardère Entertainment est une activité propre qui aura son existence indépendante. L'enjeu n'est aujourd'hui clairement pas de faire des spectacles pour les médias de Lagardère active.
M I. : Les producteurs vont-ils souhaiter continuer à coproduire avec vous, maintenant que vous êtes officiellement un concurrent, qui, de plus, vient des médias ?
J. L. : Au cours des trois dernières années, j'ai coproduit avec Alias, TS3 et Auguri. Lorsque nous coproduisons, c'est que nous avons un intérêt commun. Alors oui, parfois, j'empiéterai sur leurs plates-bandes, parfois, je les aiderai à travailler avec un artiste avec lequel ils ne pourraient pas travailler seuls.
M. I. : Plus généralement, ne craignez-vous pas une levée de bouclier des producteurs de spectacles, qui pourraient voir en Lagardère un acteur qui va industrialiser leur profession ?
J. L. : L'artisanat, c'est très bien. Mais le métier va changer. Les producteurs sont d'accords avec cela. Il faut trouver d'autres moyens, car les artistes et leur entourage vont leur imposer de travailler d'une autre façon. Nous avons créé une structure viable, qui entretient déjà de bonnes relations avec les producteurs.
M. I. : Au niveau de l'exploitation de salles, quelles sont vos ambitions ?
J. L. : Notre priorité, ce sont les stades et les Arenas. Là, il y a une vraie complémentarité avec le monde du sport. En général, ces lieux sont à l'initiative des clubs résidents, qui se positionnent très tôt sur l'exploitation de la salle, aux côtés du spectacle. Il y a de nombreux projets de stades et d'Arenas en France en ce moment, même si peu d'entre eux sont déjà confirmés. Ensuite, il y a les Zénith, et nous réfléchissons sur les prochains appels d'offres les concernant. J'estime que dans certaines villes nous serons plus à l'aise en co-gestion avec un partenaire, tandis que dans d'autres nous pouvons assumer ce rôle seul. Enfin, notre troisième objectif est d'avoir une salle dans Paris, un théâtre de 1000 à 1500 places.
M.I : Le schéma de développement de votre structure comprend-t-il le rachat d'entreprises existantes ?
J.L : Nous voulons créer de la valeur. Mon but n'est pas de racheter un catalogue pour l'exploiter, il y a peu de création de valeur à attendre de cela. Nous ne nous interdisons pas, toutefois, de racheter des sociétés si elles ont un potentiel de développement de catalogue.
M.I : Concernant la représentation d'artistes, qu'envisagez-vous concrètement ?
J.l : Nous avons déjà un lien très fort avec les marques. Via Lagardère Active, cela représentait plusieurs millions d'euros d'opérations. Chez Lagardère Unlimited nous avons aussi déjà des personnes qui recherchent des opérations entre les sportifs et les marques. Notre savoir faire n'est donc plus à prouver, nous savons parler à la fois aux marques et aux artistes. Les artistes sont intéressés par ce nouveau business, après avoir eu peur très longtemps car ils se sont rendus compte qu'en plus de faire de l'argent ils pouvaient réussir une belle opération, qui colle à leur image. Nous travaillerons avec des artistes - et pour moi c'est fondamental - qui ont envie.
M.I : C'est un secteur très concurrentiel, avec Universal et Sony qui ont leur propre structure d'endorsement en interne...
J.L : Je pense que nous sommes plus complémentaires que concurrents. Ils savent mieux parler avec les artistes qu'avec les marques, et nous c'est l'inverse. Notre but est de développer des relations pérennes avec des artistes, et non de faire des one-shot.
M.I : Est-ce que la billetterie est un business qui pourrait aussi vous intéresser ?
J.L : C'est un secteur qui nous intéresse mais nous ne voulons pas le faire différemment de ce qui est fait aujourd'hui. La billetterie est importante pour de nombreuses raisons, notamment le fait de connaître ses clients. Donc oui, nous regardons et oui, nous discutons.
M.I : Cette nouvelle structure va être en charge de nombreuses activités... Combien de personnes lui sont dédiées ?
J.L : Nous sommes aujourd'hui une dizaine de personnes permanentes, qui maîtrisons les métiers de la production, du marketing et du back office. La production de spectacle nécessite par ailleurs beaucoup d'équipes dédiées par projet, ce qui fait grimper les chiffres.
Recueilli par Romain Berrod et Maud Philippe-Bert
Jérôme Langlet, président de Lagardère Unlimited Live Entertainment : "Ce que les professionnels voient chez nous en premier lieu, ce sont les moyens financiers, ne nous le cachons pas"
Toutes les activités de spectacle du groupe Lagardère sont désormais regroupées au sein de Lagardère Unlimited Live Entertainment, qui s'occupe de production de spectacles, gestion de salles et représentation d'artistes. Son président nous en dévoile toutes les facettes.M. I. : Qu'est-ce qui a motivé la création de cette structure dédiée au live, au sein du groupe Lagardère ?
J. L. : Déjà, le marché du spectacle est en fort développement, contrairement à ce qui peut se dire ici et là. Il a dû enregistrer une hausse de 70 % entre 2003 et 2009, tandis que le marché du disque chutait de 50 %. Cette croissance est saine parce qu'elle est double : elle est liée à l'augmentation du nombre de représentations mais aussi à celle du prix du billet. Par ailleurs, les artistes sont de plus en plus disponibles pour faire des spectacles. L'offre, la qualité des spectacles et celle des salles font que le prix du billet augmente. On voit un marché qui se développe. C'est quelque chose qui nous intéresse. C'est par ailleurs un métier que le groupe maîtrise depuis quelques années déjà, nous produisons des spectacles depuis longtemps : le Virgin Radio Tour, la RFM Party 80 au Stade de France, la coproduction de Cendrillon, de Mozart l'Opéra Rock... Tout cela ajouté aux synergies réelles avec la partie sport de Lagardère Unlimited, notamment sur la gestion de salles et la représentation d'artistes. Trois bonnes raisons, donc, de monter une cellule dédiée qui va développer trois métiers : la production de spectacle, la gestion de salles et la représentation d'artistes.
M. I. : Vers quelle typologie de spectacles comptez-vous aller ?
J. L. : Nous allons continuer à produire ou coproduire une comédie musicale par an : c'est un marché fort, en développement, et qui a passé un cap en France depuis quelques années, dans les meilleures ventes de billets en France. Nous avons fait Mozart et serons sur Dracula. Cette activité nécessite de gros investissements mais peut aussi générer des résultats importants. Notre deuxième axe, ce sont les tournées d'artistes. Jusqu'à maintenant, nous les coproduisions et allons désormais les produire à part entière. Aujourd'hui, nous discutons avec des artistes en développement ou confirmés, dont je ne peux pas encore révéler les noms, excepté celui d'Olivier de Benoist, un humoriste, car nous serons également présents dans le domaine du one man show. Pendant très longtemps, les producteurs avaient des catalogues avec des artistes très fidèles. Mais, les temps changent, principalement parce que le spectacle devient l'une des activités principales des artistes. Ils font donc le tour des producteurs pour voir celui qui peut répondre le mieux à ses attentes.
M. I. : Combien d'artistes constitueront votre roster ?
J. L. : Je ne veux pas me donner d'objectifs, car dans le spectacle il faut saisir les bonnes opportunités au bon moment. Ils seront surtout nombreux pour la saison 2013.
M.I : Vous parlez d'artistes en développement, mais on voit qu'aujourd'hui il est devenu très difficile de remplir les salles avec ce genre d'artistes...
J.L : Ca n'est certainement pas avec les artistes en développement que nous allons gagner de l'argent. En revanche, si nous ne nous donnons pas les moyens de créer les grands artistes de demain, nous le regretterons dans 10 ans. L'économie me montre qu'un grand succès permet largement de financer des plus petits.
M. I. : Quels sont les atouts, face à une concurrence bien implantée, pour séduire les artistes et constituer votre roster ?
J. L. : Ce que les professionnels voient chez nous en premier lieu, ce sont les moyens financiers, ne nous le cachons pas, parce que les artistes veulent des tournées plus longues, des créations plus importantes et des cachets à la hausse.
M I. : Quel sera le budget annuel de Lagardère Live Entertainment ?
J. L. : Je ne saurais dire. Je sais juste que si le projet est bon, j'aurai de quoi investir. Ainsi, nous pouvons faire des offres sur tous types de tournées.
M.I : L'idée est-elle de créer des synergies fortes avec les autres activités du groupe ?
J.L : Parfois certains projets seront montés avec des médias Lagardère mais pour d'autres nous pourrons sans problème être amenés à travailler avec d'autres. Lagardère Entertainment est une activité propre qui aura son existence indépendante. L'enjeu n'est aujourd'hui clairement pas de faire des spectacles pour les médias de Lagardère active.
M I. : Les producteurs vont-ils souhaiter continuer à coproduire avec vous, maintenant que vous êtes officiellement un concurrent, qui, de plus, vient des médias ?
J. L. : Au cours des trois dernières années, j'ai coproduit avec Alias, TS3 et Auguri. Lorsque nous coproduisons, c'est que nous avons un intérêt commun. Alors oui, parfois, j'empiéterai sur leurs plates-bandes, parfois, je les aiderai à travailler avec un artiste avec lequel ils ne pourraient pas travailler seuls.
M. I. : Plus généralement, ne craignez-vous pas une levée de bouclier des producteurs de spectacles, qui pourraient voir en Lagardère un acteur qui va industrialiser leur profession ?
J. L. : L'artisanat, c'est très bien. Mais le métier va changer. Les producteurs sont d'accords avec cela. Il faut trouver d'autres moyens, car les artistes et leur entourage vont leur imposer de travailler d'une autre façon. Nous avons créé une structure viable, qui entretient déjà de bonnes relations avec les producteurs.
M. I. : Au niveau de l'exploitation de salles, quelles sont vos ambitions ?
J. L. : Notre priorité, ce sont les stades et les Arenas. Là, il y a une vraie complémentarité avec le monde du sport. En général, ces lieux sont à l'initiative des clubs résidents, qui se positionnent très tôt sur l'exploitation de la salle, aux côtés du spectacle. Il y a de nombreux projets de stades et d'Arenas en France en ce moment, même si peu d'entre eux sont déjà confirmés. Ensuite, il y a les Zénith, et nous réfléchissons sur les prochains appels d'offres les concernant. J'estime que dans certaines villes nous serons plus à l'aise en co-gestion avec un partenaire, tandis que dans d'autres nous pouvons assumer ce rôle seul. Enfin, notre troisième objectif est d'avoir une salle dans Paris, un théâtre de 1000 à 1500 places.
M.I : Le schéma de développement de votre structure comprend-t-il le rachat d'entreprises existantes ?
J.L : Nous voulons créer de la valeur. Mon but n'est pas de racheter un catalogue pour l'exploiter, il y a peu de création de valeur à attendre de cela. Nous ne nous interdisons pas, toutefois, de racheter des sociétés si elles ont un potentiel de développement de catalogue.
M.I : Concernant la représentation d'artistes, qu'envisagez-vous concrètement ?
J.l : Nous avons déjà un lien très fort avec les marques. Via Lagardère Active, cela représentait plusieurs millions d'euros d'opérations. Chez Lagardère Unlimited nous avons aussi déjà des personnes qui recherchent des opérations entre les sportifs et les marques. Notre savoir faire n'est donc plus à prouver, nous savons parler à la fois aux marques et aux artistes. Les artistes sont intéressés par ce nouveau business, après avoir eu peur très longtemps car ils se sont rendus compte qu'en plus de faire de l'argent ils pouvaient réussir une belle opération, qui colle à leur image. Nous travaillerons avec des artistes - et pour moi c'est fondamental - qui ont envie.
M.I : C'est un secteur très concurrentiel, avec Universal et Sony qui ont leur propre structure d'endorsement en interne...
J.L : Je pense que nous sommes plus complémentaires que concurrents. Ils savent mieux parler avec les artistes qu'avec les marques, et nous c'est l'inverse. Notre but est de développer des relations pérennes avec des artistes, et non de faire des one-shot.
M.I : Est-ce que la billetterie est un business qui pourrait aussi vous intéresser ?
J.L : C'est un secteur qui nous intéresse mais nous ne voulons pas le faire différemment de ce qui est fait aujourd'hui. La billetterie est importante pour de nombreuses raisons, notamment le fait de connaître ses clients. Donc oui, nous regardons et oui, nous discutons.
M.I : Cette nouvelle structure va être en charge de nombreuses activités... Combien de personnes lui sont dédiées ?
J.L : Nous sommes aujourd'hui une dizaine de personnes permanentes, qui maîtrisons les métiers de la production, du marketing et du back office. La production de spectacle nécessite par ailleurs beaucoup d'équipes dédiées par projet, ce qui fait grimper les chiffres.
Recueilli par Romain Berrod et Maud Philippe-Bert




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