Guy Marseguerra (CNV)
Musique Info : Quelles orientations nouvelles avez-vous envie de mettre en place pour l’institution ?
Guy Marseguerra : Pour moi, le fil conducteur sera l’entreprise. Je pense qu’il faut encore accentuer l’aide aux entreprises et à leurs projets. Les ressources du CNV proviennent de l’argent des gens qui vont aux spectacles, je pense donc que cet argent doit revenir aux spectacles.
MI : Comment jugez-vous la prise en compte du spectacle vivant par les pouvoirs publics ?
G. M. : Nous sommes quasiment les parias du secteur. Jean-Jacques Aillagon avait d’ailleurs dit en 2002 qu’il fallait y remédier, que le secteur du spectacle vivant avait été laissé à l’écart mais nous n’avons pas vraiment d’évolution… Les responsabilités sont partagées. Nous n’avons pas su faire connaître notre secteur, ni interpeller les politiques. Peut-être que cela va changer car notre secteur représente désormais quasiment la même chose que le disque. Ce qui n’est pas une bonne chose car si c’est le cas, c’est du fait de la très forte baisse du disque.
MI : Certains pensent que ce manque de considération viendrait du manque de données statistiques sur le secteur. Qu’en pensez-vous ?
G. M. : J’ai été très marqué par les publicités qui étaient faites par l’artisanat : « L’artisanat, première entreprise de France ». Je pense que dans notre secteur c’est exactement le même système : nous sommes des petites entreprises. Nous devons donc, de la même manière dont a communiqué l’artisanat, nous faire connaître.
MI : Les montants des subventions allouées, notamment en commission festivals, sont très fréquemment critiqués…
G. M. : Au maximum, un festival peut espérer obtenir 60 000€ de subventions. Pour un festival a gros budget, c’est peu, mais notre commission étant dotée d’environ 850K€, nous sommes forcés de faire des choix. Certains trouvent que le maximum de 60 000€ est trop bas mais à notre échelle c’est beaucoup d’argent…
MI : Mais la véritable question qui se pose est celle de savoir s’il vaut mieux aider beaucoup un petit nombre de festivals ou peu un grand nombre de festivals ?
G. M. : Je pense qu’il est urgent de ne pas changer ce qui existe actuellement en la matière. Il n’y a aucune raison valable pour accompagner un festival emblématique plutôt qu’un émergent. Je suis pour l’accompagnement de chacun. Et je suis pour que chacun se sente dans la même famille, c’est-à-dire que je ne vois pas pourquoi demain on n’aiderait pas le Main Square Festival. Ce sera un équilibre difficile mais je pense qu’il faut que tout le monde se sente bien dans la maison commune.
MI : Doit-on craindre selon vous la montée en puissance d’acteurs tels que Live Nation ?
G. M. : Nous sommes tous un peu des artisans dans le secteur. Quand arrive une multinationale comme Live Nation, nous avons donc tendance à avoir peur. Notamment les entrepreneurs qui travaillent avec les anglo-saxons, qui ont peur que leur maillon saute. L’autre crainte est que ces gros acteurs s’attaquent aux salles puis à la billetterie, pour ensuite se trouver dans un abus de position dominante. Mais quand on est entrepreneur de spectacle, il faut faire avec. Nous vivons dans un monde concurrentiel. Après la crainte, il faut que nous soyons performants.
MI : La commission export vient tout juste d’être créée. Son budget de 380K€ est-il de taille à réaliser ses ambitions ?
G. M. : Je ne sais pas si le budget est de taille mais il a en tous cas l’avantage d’exister. Cette commission est mise en place en collaboration avec le bureau export, nous abondons donc chacun pour moitié le budget. Si nous pouvons par la suite trouver d’autres sources de financement pour cette commission, nous le ferons. Ce sera une commission de 17 membres au total qui se réunira 4 fois par an. Et l’idée est d’aider les artistes français à tourner à l’étranger.
MI : Dans l’interview qu’il a donnée à Musique Info, Jules Frutos, président du Prodiss, se disait inquiet pour le droit de tirage, non garanti à ce jour par texte…
G. M. : Le pourcentage n’est pas garanti précisément par texte, en revanche le mécanisme est garanti par décret. C’est le CNV qui décide du pourcentage, pouvant le modifier par un vote aux trois quarts de ses membres. Il n’y a pour l’instant aucune crainte à avoir pour le droit de tirage. Tant que je serai là ce sera mon combat, il est hors de question que l’on touche à cette clé de répartition.
MI : Etes-vous favorable à une régulation du prix du billet de spectacle?
G. M. : On peut toujours penser qu’un billet de spectacle est trop cher. J’estime qu’un spectacle est trop cher quand il ne m’a pas plu. On peut se dire que 15 euros c’est trop pour un artiste seul sur scène, tandis qu’une grosse production type comédie musicale, avec plus de 100 personnes sur scène et des décors, n’est pas chère à 60€.
MI : Mais est-ce que ces gros spectacles ne phagocytent pas, justement, le marché, en amenant le public à aller voir une grosse comédie musicale par an et rien d’autre, faute de budget pour le reste ?
G. M. : Cela peut être un inconvénient en effet, la situation économique étant ce qu’elle est aujourd’hui, les gens font des choix. Nous avons toutefois le sentiment que les gens, pour le moment, économisent plus sur d’autres postes de dépenses que sur notre secteur.
MI : Estimez vous que le réseau de salles en France est satisfaisant ?
G. M. : Il me semble que c’est un des réseaux les plus satisfaisant d’Europe. Il y a peut-être un manque sur les salles de 2000/2500 places, mais sinon, nous sommes bien mieux fournis que nos voisins.
MI : Le Prodiss milite activement pour la mise en place d’un crédit d’impôt pour le spectacle vivant. Quelle est votre position sur le sujet ?
G. M. : Je pense que c’est un dispositif nécessaire car tout le monde est un peu euphorique sur les chiffres du secteur mais je pense qu’ils vont être en diminution dans les années à venir. On ne se rend pas bien compte car le CNV étendant son domaine de perception de la taxe, le montant de cette dernière est donc en augmentation. La difficulté est de voir ensuite à l’intérieur des chiffres qui souffre et qui ne souffre pas. Nous avons une fâcheuse tendance en France à prendre des décisions quand les choses vont vraiment mal. Il me semble au contraire qu’il serait judicieux pour une fois d’anticiper quelque peu.
MI : Que pensez-vous de la réforme des collectivités territoriales actuellement devant l’Assemblée nationale et déjà votée par le Sénat, qui supprime la clause générale de compétence pour les régions et les départements?
G. M. : Je pense qu’il faut s’en inquiéter. Tout le secteur dit subventionné va avoir des problèmes de financement dans les mois et les années à venir. Mais je crois que ça met en lumière un désengagement de l’Etat plus général. Demain, les collectivités territoriales vont être amenées à financer des secteurs non financés traditionnellement, y compris le notre. Il va donc falloir faire preuve d’imagination, voire de revendications. Ce qui est sûr, c’est que le CNV ne pourra pas pallier à ces manques.
MI : D’autres chevaux de bataille pour les mois à venir ?
G. M. : Le système de licences d’entrepreneur de spectacles qui fonctionne aujourd’hui devrait être refondu et à court terme, les licences supprimées. Demain, n’importe quelle entreprise européenne pourra venir ici produire des spectacles sans licence. Cela va donc changer beaucoup de choses pour nous, entrepreneurs de spectacles, et pour le CNV, car l’un des principes fondamentaux de l’affiliation au CNV est la détention de ces licences. Nous allons donc peut-être réfléchir à de nouveaux critères. Je me battrais en tous cas pour que le produit de cette taxe fiscale, payée par des consommateurs en France, reste en France. Autre sujet d’importance pour lequel le combat continue mais qui me donne peu d’espoirs : l’obtention d’un droit voisin pour les producteurs de spectacles.
Recueilli par Maud Philippe-Bert
Vos réactions
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méta' Blues a écrit le 29/03/2010 à 21:24 :
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Hello, Ici en Bretagne (vous connaissez?), c'est la galère...Organiser un concert est une galère. Guy, je vous appréciez mais je ne vous comprends plus! C'est beau les bureaux "Boulevard des Batignoles?" Nous, on se débrouille, à l'ancienne, et un euro, c'est un euro! Même si c'est un demi sandwich vendu....Nos petits sous vont pour les gros ou ceux qui "organisent" des concerts... Chez nous, ce sont les potes qui se battent pour rammasser quelques euros donnés avec compassion par le boulanger du village. Et vous voulez nous imposer pour payer vos locaux " Boulevard des Batignoles"? Tout fout le camps. allons, n'organisons plus rien, laissons crever nos villages et regardons TF1! Quelle déception mais le Rock n'Roll n'a pas besoin de l'état! Vive le Rock libre et indépendant, vive le Rock du Boulanger qui te file 150€ pour que les gamins du village et des environs s'explosent un peu même si cela ne plait pas à ceux qui nous taxent pour vivre entre bons copains qui eux ne le sont plus (très Rock'n roll)
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