INTERVIEWS - DÉCIDEURS
Nommé p-dg d'Emi Music en juillet dernier, Elio Leoni-Sceti répond en exclusivité aux questions de Musique Info.
La nouvelle organisation d'EMI Music en trois pôles (New Music, Catalogue, Music Services) est-elle la plus efficace pour faire face aux mutations qui bouleversent l'industrie ?
Elio Leoni-Sceti : Ce nouveau schéma d'organisation n'est que l'un des nombreux leviers stratégiques de notre vision. En plus de mes actuelles fonctions de p-dg d'EMI Music, je conduirai la division New Music en tant que président. La direction artistique de la division New Music est assurée par Nick Gatfield qui nous a rejoint, après les succès professionnels qu'on lui connaît chez Universal, pour occuper la présidence A&R Amérique du Nord, Royaume-Uni et Irlande d'EMI et par le producteur et manager artistique Billy Mann, président A&R international. La direction commerciale sera assurée par Douglas Merrill, ex-senior manager chez Google à San Francisco et qui exercera la fonction de chief operating officer de la division New Music tout en gardant la présidence du digital chez EMI Music. Ernesto Schmitt, ex-DSG International nous a rejoint en décembre en tant que nouveau président de la division Catalogue EMI Music. Présidée par Ronn Werre, la division Music Services aura pour mission le développement de notre revenu que ce soit au niveau des ventes, de la synchronisation et du licensing, des partenariats avec les marques ou du sponsoring. Par ailleurs, cette division proposera des prestations globales de service auprès des labels indépendants et d'autres acteurs du marché.
En dehors de la remise en phase avec les attentes du marché, quels sont les objectifs de cette lourde réorganisation ?
Restaurer la santé financière d'EMI Music était la première priorité de Terra Firma au moment de l'acquisition du groupe EMI, fort d'une division édition musicale solide mais avec une division musique enregistrée en difficulté. Nous avons bien engagé cette phase et, à ce jour, je pense que d'un point de vue opérationnel, EMI Music sera profitable pour l'année fiscale en cours. Notre mission est de devenir une société entièrement focalisée sur la musique, d'améliorer notre connaissance des attentes des fans de musique et, ainsi, de pouvoir satisfaire les besoins de nos consommateurs et de nos partenaires. Développer la culture de l'innovation chez EMI est ma priorité personnelle. Elle nous aidera à imaginer les meilleures solutions, les meilleurs produits, les meilleurs services.
Comment est désormais travaillé l'artistique chez EMI ?
Investir dans le talent est essentiel et le sens de notre activité sur ce marché est de signer de nouveaux artistes, prioritairement des artistes qui souhaitent collaborer avec une société qui pense différemment et qui place les attentes du consommateur au centre de sa stratégie. Ainsi en France, nous avons signé, par exemple, l'artiste de jazz Avishai Cohen et le violoniste classique Laurent Korcia et nous allons prochainement sortir les albums de nos dernières signatures telles que Chat, Claire De Namure ou encore Revolver. Au Royaume-Uni, nous avons un nouvel accord global avec Depeche Mode que nous représenterons, pour la première fois, aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis où justement, nous avons sous contrat de nouveaux artistes très prometteurs : Priscilla Renea, Hockey, The Postelles, Adelitas Way et Trevor Andrew.
Que pensez-vous des contrats à 360° dont on parle beaucoup, et de l'investissement des maisons de disques dans la production de spectacles?
Je veux étendre la culture de l'audace et de l'innovation qui est celle d'EMI aux services que nous proposons à nos consommateurs, à nos artistes et à nos partenaires. La relation entre les artistes et leurs fans- et plus largement les consommateurs- devient de plus en plus complexe et personnalisée. Notre valeur ajoutée auprès des artistes sera de les aider à gérer ces relations de plus en plus multiformes vers des publics de consommateurs de plus en plus différents et nombreux.
Quel effort est mis sur le numérique ?
Je vois ici une vraie opportunité pour EMI de se positionner en leader. Nous avons le management nécessaire pour mener ce projet en les personnes de Douglas Merrill et Corey Ondrejka qui ont une très grande expérience de pilotage de l'innovation, des technologies de pointe et de l'analyse des marchés et tendances en termes de consommation. Et nous mettons en place à l'heure actuelle une équipe exceptionnelle pour ce projet, qui sera basée a San Francisco et qui dépassera de très loin les ressources développées par les autres compagnies.
Comment réagissez-vous aux critiques (et départs) de certains artistes qui estiment que la musique est un business à part et qui vivent mal le rachat par Terra Firma ?
Terra Firma est un investisseur totalement engagé à nos côtés dans la réalisation de notre projet. Ils nous garantissent le financement, le temps nécessaire et les ressources adéquates. Je crois que réside, dans le changement, une formidable opportunité pour EMI et pour toute l'industrie de la musique. Je le crois profondément. EMI Music se trouve à l'aube d'une ère nouvelle. Nous avons relégué le passé derrière nous. Nous passons à l'offensive.
Terra Firma est-elle déterminée à conduire la destinée d'EMI sur la longueur ? On entend dire ici et là que la rationalisation des coûts consécutive à la réorganisation serait une manière d'assainir le groupe pour pouvoir mieux le revendre à Warner. Est-ce le cas ?
Restaurer la santé financière d'EMI Music était la première priorité de Terra Firma. Aujourd'hui ce virage a été pris et nous abordons désormais la phase offensive. Notre financement court sur le long terme et nous offre le temps et l'espace nécessaires pour se réorganiser. Cela aurait été extrêmement difficile si nous étions demeurés une société cotée en bourse soumise aux aléas du marché. L'autre avantage de ne pas être une major à l'actionnariat public est d'exercer une moindre pression sur nos artistes pour leur demander de composer leur musique selon un agenda et un reporting trimestriel qui n'ont rien à voir avec leur rythme créatif.
Recueilli par Maud Philippe-Bert et Romain Berrod
Elio Leoni-Sceti (EMI Music)
La nouvelle organisation d'EMI Music en trois pôles (New Music, Catalogue, Music Services) est-elle la plus efficace pour faire face aux mutations qui bouleversent l'industrie ?
Elio Leoni-Sceti : Ce nouveau schéma d'organisation n'est que l'un des nombreux leviers stratégiques de notre vision. En plus de mes actuelles fonctions de p-dg d'EMI Music, je conduirai la division New Music en tant que président. La direction artistique de la division New Music est assurée par Nick Gatfield qui nous a rejoint, après les succès professionnels qu'on lui connaît chez Universal, pour occuper la présidence A&R Amérique du Nord, Royaume-Uni et Irlande d'EMI et par le producteur et manager artistique Billy Mann, président A&R international. La direction commerciale sera assurée par Douglas Merrill, ex-senior manager chez Google à San Francisco et qui exercera la fonction de chief operating officer de la division New Music tout en gardant la présidence du digital chez EMI Music. Ernesto Schmitt, ex-DSG International nous a rejoint en décembre en tant que nouveau président de la division Catalogue EMI Music. Présidée par Ronn Werre, la division Music Services aura pour mission le développement de notre revenu que ce soit au niveau des ventes, de la synchronisation et du licensing, des partenariats avec les marques ou du sponsoring. Par ailleurs, cette division proposera des prestations globales de service auprès des labels indépendants et d'autres acteurs du marché.
En dehors de la remise en phase avec les attentes du marché, quels sont les objectifs de cette lourde réorganisation ?
Restaurer la santé financière d'EMI Music était la première priorité de Terra Firma au moment de l'acquisition du groupe EMI, fort d'une division édition musicale solide mais avec une division musique enregistrée en difficulté. Nous avons bien engagé cette phase et, à ce jour, je pense que d'un point de vue opérationnel, EMI Music sera profitable pour l'année fiscale en cours. Notre mission est de devenir une société entièrement focalisée sur la musique, d'améliorer notre connaissance des attentes des fans de musique et, ainsi, de pouvoir satisfaire les besoins de nos consommateurs et de nos partenaires. Développer la culture de l'innovation chez EMI est ma priorité personnelle. Elle nous aidera à imaginer les meilleures solutions, les meilleurs produits, les meilleurs services.
Comment est désormais travaillé l'artistique chez EMI ?
Investir dans le talent est essentiel et le sens de notre activité sur ce marché est de signer de nouveaux artistes, prioritairement des artistes qui souhaitent collaborer avec une société qui pense différemment et qui place les attentes du consommateur au centre de sa stratégie. Ainsi en France, nous avons signé, par exemple, l'artiste de jazz Avishai Cohen et le violoniste classique Laurent Korcia et nous allons prochainement sortir les albums de nos dernières signatures telles que Chat, Claire De Namure ou encore Revolver. Au Royaume-Uni, nous avons un nouvel accord global avec Depeche Mode que nous représenterons, pour la première fois, aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis où justement, nous avons sous contrat de nouveaux artistes très prometteurs : Priscilla Renea, Hockey, The Postelles, Adelitas Way et Trevor Andrew.
Que pensez-vous des contrats à 360° dont on parle beaucoup, et de l'investissement des maisons de disques dans la production de spectacles?
Je veux étendre la culture de l'audace et de l'innovation qui est celle d'EMI aux services que nous proposons à nos consommateurs, à nos artistes et à nos partenaires. La relation entre les artistes et leurs fans- et plus largement les consommateurs- devient de plus en plus complexe et personnalisée. Notre valeur ajoutée auprès des artistes sera de les aider à gérer ces relations de plus en plus multiformes vers des publics de consommateurs de plus en plus différents et nombreux.
Quel effort est mis sur le numérique ?
Je vois ici une vraie opportunité pour EMI de se positionner en leader. Nous avons le management nécessaire pour mener ce projet en les personnes de Douglas Merrill et Corey Ondrejka qui ont une très grande expérience de pilotage de l'innovation, des technologies de pointe et de l'analyse des marchés et tendances en termes de consommation. Et nous mettons en place à l'heure actuelle une équipe exceptionnelle pour ce projet, qui sera basée a San Francisco et qui dépassera de très loin les ressources développées par les autres compagnies.
Comment réagissez-vous aux critiques (et départs) de certains artistes qui estiment que la musique est un business à part et qui vivent mal le rachat par Terra Firma ?
Terra Firma est un investisseur totalement engagé à nos côtés dans la réalisation de notre projet. Ils nous garantissent le financement, le temps nécessaire et les ressources adéquates. Je crois que réside, dans le changement, une formidable opportunité pour EMI et pour toute l'industrie de la musique. Je le crois profondément. EMI Music se trouve à l'aube d'une ère nouvelle. Nous avons relégué le passé derrière nous. Nous passons à l'offensive.
Terra Firma est-elle déterminée à conduire la destinée d'EMI sur la longueur ? On entend dire ici et là que la rationalisation des coûts consécutive à la réorganisation serait une manière d'assainir le groupe pour pouvoir mieux le revendre à Warner. Est-ce le cas ?
Restaurer la santé financière d'EMI Music était la première priorité de Terra Firma. Aujourd'hui ce virage a été pris et nous abordons désormais la phase offensive. Notre financement court sur le long terme et nous offre le temps et l'espace nécessaires pour se réorganiser. Cela aurait été extrêmement difficile si nous étions demeurés une société cotée en bourse soumise aux aléas du marché. L'autre avantage de ne pas être une major à l'actionnariat public est d'exercer une moindre pression sur nos artistes pour leur demander de composer leur musique selon un agenda et un reporting trimestriel qui n'ont rien à voir avec leur rythme créatif.
Recueilli par Maud Philippe-Bert et Romain Berrod



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