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INTERVIEWS - DÉCIDEURS

David El Sayegh (Snep)

David El Sayegh (Snep) Directeur juridique du Syndicat national des éditeurs de phonogrammes depuis deux ans, David El Sayegh a officiellement remplacé Hervé Rony après l'Assemblée générale du 18 juin. Il évoque ses priorités à Musique Info.

Musique Info : Est-il difficile de succéder à Hervé Rony, qui a très fortement incarné le combat des producteurs pendant 15 ans ?
David El Sayegh : C'est un vrai challenge. Hervé a marqué grâce sa personnalité, son caractère, ses compétences et son sens du lien avec la filière. Ce n'est pas facile de succéder à quelqu'un qui a ainsi personnalisé le Snep. Cependant, mon avantage est que je suis dans la maison depuis déjà deux ans : je connais les problématiques que rencontrent les producteurs. Et mon expérience dans le secteur de la musique est déjà longue de dix ans. Ca compte aussi.

M.I. : L'actualité, c'est bien sûr le vote d'Hadopi et l'attente de sa promulgation. Craignez-vous que le Conseil constitutionnel ne retoque un certain nombre de dispositions de la loi après la saisine du PS ?
D. E. S. : Rien n'est exclu : il peut retoquer la loi ou l'accepter sous certaines réserves. Restons humbles et attendons, car le problème de la piraterie est très complexe. Toutefois, je pense que beaucoup de précautions ont été prises : il y a eu un véritable débat contradictoire bien en amont, la loi est basée sur un aspect pédagogique, et les internautes ont les moyens de se défendre. Dans l'élaboration du projet de loi, le ministère de la Culture a fait un travail remarquable, qui n'a pas été préparé en seulement trois mois. Il y avait eu des tentatives de riposte graduée, avec la Dadvsi et Renaud Donnedieu de Vabre. Celle-ci avait été retoquée car préparée à la va-vite, juste après le vote de la licence globale, le ministère ayant décidé de changer de méthode à la dernière minute.

M.I. : Ceux qui dénoncent son caractère inapplicable avancent des raisons techniques, dont le recours aux fausses adresses IP.
D. E. S. : On nous dit que les gens vont avoir recours à des serveurs tiers pour avoir une fausse adresse IP afin de ne pas être repéré. Quelqu'un qui proposerait cette nouvelle adresse aurait de fait une fonction assimilable à celle de fournisseur d'accès, et serait donc responsable devant l'Hadopi et la loi. S'il est en France, il ne peut donc pas le faire. S'il est situé à l'étranger, dans un paradis numérique, il n'est pas soumis à la loi et peut donc proposer cette offre. Mais si des milliers de personnes migrent sur un serveur à l'étranger, cela va engendrer des coûts que ces entités seront obligées de faire payer. Est-ce que les internautes consentiront à payer un deuxième abonnement pour disposer d'une autre adresse IP ? Je n'en suis pas sûr. Par ailleurs, je pense qu'il y a des parades techniques qui permettent de résoudre ce problème d'adresses.

M.I. : On imagine voir l'Hadopi envoyer ses premiers messages d'alerte partir en fin d'année. Vous attendez-vous à voir le marché se stabiliser à fin 2010 ?
D. E. S. : Ce n'est pas utopique de l'imaginer si Hadopi fonctionne correctement. Car je pense qu'il faudra autant d'intelligence pour avoir élaboré cette loi que pour la mettre en œuvre. Le plus difficile reste à faire et nous allons rester très vigilant. Je suis persuadé que les offres légales ne fonctionnent pas suffisamment parce que l'on peut obtenir de la musique de manière gratuite et illégale. Enfin, on sait très bien que la loi n'éradiquera pas le problème, aucune loi d'ailleurs ne l'éradiquera. Mais elle initie quelque chose qui manquait depuis dix ans, c'est un principe de régulation sur internet. Et ça, c'est essentiel.

M.I. : A ce propos, le marché digital a connu un repli de 1 % au premier trimestre. Faut-il s'en inquiéter ?
D. E. S. : Oui. On devrait avoir une croissance à deux chiffres du numérique. C'est peut-être conjoncturel... Attendons les chiffres du second semestre pour se faire une opinion sur le sujet. Aujourd'hui, il est clair que l'on n'a pas trouvé les clés de la richesse sur le net, même avec le haut débit apparu il y a sept ans. iTunes gagne un peu d'argent, mais il n'y a pas encore de système satisfaisant pour l'ensemble des acteurs. Ce qui devient urgent, si internet devient, comme tout le monde le pressent, le mode d'exploitation majeure de la musique à l'avenir.

M.I. : On sent les lignes bouger à l'intérieur de la filière : l'idée d'une taxation des FAI semble faire son chemin. Le Snep peut-il évoluer sur la question ?
D. E. S. : Nous ne sommes pas du tout dans cette logique. C'est une fausse bonne idée, mortifère pour les ayants droit qui dépendront alors directement de fournisseurs d'accès et n'auront plus aucune liberté. Avec cela, on fige le marché et on lui ôte son dynamisme. Ceux qui militent pour cela ne prennent par ailleurs pas en considération sa dimension politique, c'est à dire d'imposer aux Français qui utilisent internet une nouvelle taxe. Je pense qu'ils n'y sont pas prêts. Et ce qui me gène, dans un second temps, c'est qu'évoquer une taxe préjuge de l'inefficacité de l'Hadopi. Enfin, il y a un problème d'ordre juridique : comment imposer une taxation à des fournisseurs d'accès qui sont, par nature, irresponsables aux yeux de la loi ? Et puis que faire de l'argent ? Comment le répartir ?

M.I. : Sans aller jusqu'à une taxation, considérez-vous que les FAI doivent contribuer à la création ?
D. E. S. : Oui. Il faut initier une réflexion sur leur contribution. Mais l'écueil à éviter, c'est de confondre taxe et rémunération. La rémunération est la contrepartie de l'exercice d'un droit exclusif qui nous a permis de vivre et qui, même adapté à internet, conserve sa pertinence. Il ne faut pas mélanger les deux choses. Et ce que l'on voit apparaître dans les propositions des producteurs indépendants, c'est beaucoup de confusion. Il faut une réflexion de fond sur le rôle des différents acteurs de l'internet pour contribuer à la culture et au rayonnement des produits culturels. Je crois d'ailleurs que l'idée du gouvernement est d'initier des états généraux de la création.

M.I. : Quels sont les autres dossiers que vous aurez à cœur de défendre prochainement ?
D. E. S. : Il y a le déploiement de la convention collective. Il nous prend énormément de temps tout en n'étant absolument pas médiatique. Il extrêmement compliqué mais aussi très important, car il créé du lien avec les syndicats d'artistes. N'oublions pas que cette convention prévoit une augmentation de leur rémunération de 30 %. Il faut le faire, en période de crise. Enfin, c'est surtout la première convention collective de l'édition phonographique. Alors, on va la faire vivre, cette convention, et elle va évoluer avec le temps. L'autre dossier d'importance au Snep, c'est le placement de produit. Que la transposition de la directive « services de medias audiovisuels » dans le cadre de la loi sur l'audiovisuel a notamment permis dans les programmes musicaux et de divertissements. Pour nous c'est une nouvelle source de financement à l'heure où les sources traditionnelles se tarissent. Nous avons commencé les auditions avec le CSA. On en a un autre en juin très importante. Le CSA est censé adopter une réglementation avant la fin de l'année. Ca va nous occuper le prochain semestre. On travaille aussi beaucoup, dans le cadre du CSPLA, à une éventuelle charte avec les sites UGC... Les dossiers ne manquent pas. Ils sont très variés, mais surtout, de plus en plus techniques.

M.I. : Comment comptez-vous redorer l'image des producteurs de musique, à nouveau écornée lors du débat sur Hadopi ?
D. E. S. : L'image de la grosse major pleine de fric n'a que trop vécu. Faire de la pédagogie, c'est d'abord rappeler la réalité économique : en un semestre, une société comme Free engrange plus d'argent que l'ensemble de l'industrie phonographique en une année. Le chiffre d'affaires de l'industrie phonographique représente par ailleurs 50 fois moins que celui de France Telecom. Nous sommes des nains, comparé aux entreprises de télécommunication. Enfin, pour promouvoir l'offre légale auprès du grand public, nous aimerions initier une fête du téléchargement à la rentrée. C'est un peu compliqué à mettre en place mais c'est très important.

Recueilli par Romain Berrod et Maud Philippe-Bert


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