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INTERVIEWS - DÉCIDEURS

Axel Dauchez, Deezer : « Je prends un risque colossal aujourd'hui »

Axel Dauchez, Deezer : « Je prends un risque colossal aujourd'hui » Deezer a annoncé le lundi 6 juin que, désormais, l'écoute gratuite du site était limitée à 5h par mois, dans le but d'accélérer la conversion des utilisateurs les plus actifs vers des offres payantes. Tout en annonçant « une nouvelle expérience musicale avec un site cinq fois plus rapide ». Les détails avec Axel Dauchez, président du site.

M.I : Vous avez décidé de limiter l'écoute gratuite de votre site à 5h par mois. Pourquoi cette solution-là plutôt qu'une autre ?
A.D : Cela fait plusieurs mois que nous discutions avec les producteurs pour savoir quelle était la bonne solution. Le fait de revisiter la limite du gratuit et du payant pour améliorer la rémunération de la musique est complètement acquis depuis plusieurs mois. L'année dernière ça n'était pas le sujet car il n'y avait pas de marché payant, et il ne fallait pas renvoyer comme ça six millions de personnes vers le piratage. Mais maintenant que le marché payant est vraiment en place et explose - nous avons 1,2 millions d'abonnés, ce qui est phénoménal - c'est le bon moment pour se dire que l'on va affiner la revalorisation de la musique. Nous aurions pu limiter le nombre d'écoutes par titre, ce qui ne me paraissait pas être la bonne solution : si tu es un gros consommateur, ton site devient inaccessible en un mois, et si tu es un petit utilisateur, il devient inaccessible en 4 mois. De facto on perd la relation avec le gratuit car ceux que l'on n'a pas convaincus et réussis à faire basculer en payant retournent vers des systèmes pirates. Je voulais absolument garder les utilisateurs légers. C'est-à-dire avoir une contrainte qui soit très forte sur les gros utilisateurs, qui les oblige à s'abonner, mais en revanche garder les utilisateurs du dimanche, ceux qui viennent de temps en temps. Cinq heures par mois ce sont dix minutes par jour, très peu, donc. Et c'est sur ce matelas d'utilisateurs légers que je vais recruter dans la durée.

Etes-vous arrivé à un consensus avec les producteurs ?
La solution choisie fait quasiment l'unanimité. Toutefois, certains gros producteurs préféraient l'autre solution, celle de la limitation d'écoute par titre, nous sommes donc encore en discussion avec eux. Maintenant, nous devons faire la preuve par les faits. Si ça marche tout le monde sera content, sinon nous rediscuterons... Je m'approprie aujourd'hui la problématique de la rémunération des artistes sur le gratuit en créant un process de revalorisation de la musique beaucoup plus important que ce qu'il est pour le moment. Cette annonce devrait redonner de la vigueur à notre formule d'abonnement à 4,99€, car c'est celle qui est permet d'accéder à toute la musique depuis son ordinateur, quand celle à 9,99€ permet la mobilité. C'est donc l'illimité que l'on achète aujourd'hui à 4,99€.

Votre ambition proclamée est de mieux rémunérer les artistes. Alors dans le détail à quoi peuvent-ils s'attendre ?
Notre nouveau modèle ne laisse plus la place à un gros utilisateur qui n'apporte qu'une rémunération publicitaire. Il y aura toujours des utilisateurs légers qui ramèneront une rémunération publicitaire comme le fait Youtube. Mais ceux qui utilisent Deezer de façon significative basculeront dans un modèle payant. Cette année, nous allons reverser à l'industrie de la musique à peu près 30 millions d'euros. Je pense que nous pouvons envisager un bon coefficient multiplicateur sur l'année suivante. Je ne peux pas être plus précis car j'ai besoin de voir quelles vont être les réactions sur le site. Je prends un risque colossal aujourd'hui avec mes utilisateurs gratuits. C'est un jeu qu'il faut faire et c'est le moment de le faire mais je peux perdre la moitié de mon trafic. Le nouveau site, que nous lançons aujourd'hui et qui fait montre d'une très grande ambition éditoriale par genre, qui intègre du social avec l'écoute en direct de la musique de ses amis Facebook, et qui offre une approche sur nos radios radicalement différente, plus ludique, permettra d'équilibrer l'annonce de limitation de l'écoute gratuite. Ce qui est certain aujourd'hui, c'est que la valeur est dans l'accès et non plus dans la possession. Et dans l'illimité et non plus le track by track.
Recueilli par Maud Philippe-Bert


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Vos réactions

  • BienJouéAxel a écrit le 17/06/2011 à 13:45 :

    • Bien, maintenant, au lieu d'écouter de la musique gratuitement et simplement, je vais devoir les télécharger ou les enregistrer, créer des comptes bidons. Bien joué, c'est du grand art pour casser les c******* a tout le monde.

    • Signaler un abus
  • PB a écrit le 08/06/2011 à 16:02 :

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