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INTERVIEWS - ARTISTES

Moriarty : « On ne souhaitait pas faire du 360° »

Moriarty : « On ne souhaitait pas faire du 360° » Alors qu'est paru, le 26 avril, The Missing Room, le deuxième album de Moriarty, sur leur label Air Rytmo, Musique Info avons rencontré Arthur Gillette, guitariste du groupe, pour évoquer la création de ce label et la réalisation de ce disque.

Musique Info : Votre premier album studio avait été coproduit par Jérôme Deschamps & Macha Makeïeff avec Naïve. Qu'est-ce qui vous a incité à créer votre structure pour sortir ce deuxième opus ?
Arthur Gillette : Je crois qu'on avait envie de reprendre contrôle d'un certain nombre de choses qui nous dépassaient, ou dont on n'avait alors pas le temps de s'occuper. Nous avions envie d'être plus responsables. Le premier album a été un succès formidable, le label a très bien travaillé. Mais à un moment, nous étions pris dans un tourbillon, c'était dangereux, il y avait quelque chose qui n'était pas sain pour le groupe dans cette montée, donc nous avons pris un parachute ! Et nous avons créé le label et notre société d'éditions.

M. I. : Vous avez lancé un appel à souscription. Avez-vous une idée de la somme que vous avez pu réunir ?
A. G. : Nous avons vendu plus de 1 000 CD à 15 €, sans compter les vinyles ou les vêtements. Environ une vingtaine de milliers d'euros, donc.

M.I. : Le modèle MyMajorCompany vous intéresse ou préférez-vous un modèle plus traditionnel ?
A. G. : Le contact avec notre public est le plus important pour nous. Nous avons proposé la souscription uniquement aux concerts. Cela n'avait pas de sens de le faire dans une forme plus impersonnelle qu'est internet. Évidemment, on peut télécharger un formulaire sur notre site, mais pour le savoir, il faut quand même être venu à un concert. Nous avons sorti l'album en numérique avec Believe à l'occasion des dates au Trianon à Paris (sept concerts en six jours NDLR). et nous avons produit les CD pour ces concerts, mais la sortie officielle est prévue le 26 avril. Pour les souscripteurs, les CD sont dédicacés et nous avons ajouté d'autres choses à l'envoi : Charles a ramené la collection de timbres de son grand-père et Stephan a ramené une valise pleine de choses récupérées pendant la tournée. Nous nous sommes beaucoup inspirés de ce qu'a pu faire le label Constellation (qui glissait par exemple dans les pochettes de certains vinyles des pièces de monnaie qui étaient préalablement passées sous les roues d'un train NDLR). Cette approche-là nous paraît importante. C'est économiquement aberrant, cela nécessite beaucoup de temps, mais à part des factures, les gens ne reçoivent quasiment plus rien dans leurs boites à lettres et nous étions excités par l'idée qu'ils reçoivent un disque avec un mot, et pleins de choses bizarres avec.

M. I. : Pourquoi avoir choisi L'Autre Distribution comme distributeur physique ?
A. G. : Notre batteur, qui a produit le disque, est contrebassiste ; Fred Poulet, qui a créé les lumières, est chanteur ; nous n'avons jamais été vraiment des musiciens professionnels et nous avons tous d'autres activités à côté : par exemple Stephan est architecte, Charles écrit des énigmes. Et L'Autre Distribution nous paraissait très bien, puisque Luc, le fondateur, est biologiste de formation, cela nous paraissait logique !

M. I. : Et cette fois, l'idée était donc de tester les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Qu'est-ce que ce choix a changé pour vous ?
A. G. : On a dit « tester », mais je n'aime pas trop ce mot. Je trouve ça un peu injuste vis-à-vis du public. C'est plutôt présenter une version des chansons pleine d'imprévus, beaucoup plus fragile que ce que la plupart des groupes n'osent faire. Nous avons l'impression que le souci du public n'est pas forcément d'entendre des chansons parfaites, mais qu'il y ait de l'émotion. Quand on joue les chansons depuis longtemps, que tout est très bien rôdé, l'émotion disparaît. Nous voulions donc essayer de toujours penser à l'émotion véhiculée, qu'il y ait beaucoup d'improvisation. Sans quoi les chansons meurent vite. Nous avons enregistré le disque après les concerts pour garder cette trajectoire et cueillir la chanson au moment où elle est encore vivante.

M. I. : J'ai lu aussi que pour l'enregistrement vous n'aviez fait qu'une prise par titre.
A. G. : Nous sommes allés au Studio Pigalle pour enregistrer l'album avec notre batteur en studio, Vincent Talpaert, qui a produit, artistiquement, les albums de Mustang et Don Caballi. Je crois que c'est la personne qui connaît le plus de disques de musiques américaines de tous genres. C'est un grand mélomane. C'est lui qui nous a installés dans cette configuration. Nous avons fait une vingtaine de prises, ensemble dans la même pièce, mais c'étaient des prises uniques, c'est à dire que nous n'avons pas rajouté de voix ou de guitare après. Le deuxième principe est qu'il n'y a eu aucun effet numérique. Et ça fait un disque naturaliste, qui respire les imperfections, qui deviennent, pour moi, des perfections. On retrouve ça d'ailleurs beaucoup dans les musiques qu'on écoute, comme les compilations qu'éditent Frémeaux et qui explorent le patrimoine musical du monde entier.

M. I. : L'album est donc produit par votre batteur, la pochette réalisée par votre contrebassiste. Est-ce un hasard de compétences au sein du groupe ou une volonté de tout contrôler ?
A. G. : Nous sommes chacun très différent, avec nos qualités, et c'est aussi ce qui nous a convaincus de nous émanciper, d'être responsable de ce que nous produisons. Cela nous permet aussi d'être musicalement assez exigeant : nous n'enregistrons un titre que lorsqu'il fait l'unanimité, ce qui explique que nous soyons très lents ! Donc non, ce n'est pas un hasard.

M. I. : Comment avez-vous rencontré votre manager, Sébastien Zamora ?
A. G. : Quand nous avons remporté le prix Paris Jeunes Talents (en 2005), nous avions eu droit à des conseils en management et à un suivi assuré par Sébastien Zamora. Nous étions restés en contact avec lui et il est devenu notre manager en juillet 2009, au moment où nous avons eu besoin de quelqu'un pour nous représenter.

M. I. : Avez-vous songé à travailler avec sa société Zamora Productions pour vos tournées ?
A. G. : Quelqu'un m'a dit une fois : il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier ! On a tout de suite dit à Sébastien qu'on ne souhaitait pas faire du 360. C'est important de conserver des visions différentes. Et par fidélité, nous avons choisi de rester avec Avril Boudon et Dans La Boîte (devenu entre temps Bonne Pioche Dans La Boîte, suite à l'association entre ces sociétés de productions de spectacles et de projets cinématographiques).

M. I. : Il y a eu un concert-goûter pour les enfants au Trianon, bientôt un concert à l'église St Eustache... Est-ce une réflexion importante pour vous de varier les lieux, les formats ?
A. G. : C'est indispensable, justement par rapport à ce que je disais sur la vie des chansons. Si on a réussi à tenir, interpréter les chansons et à mettre de l'émotion, c'est parce que chaque soir était différent. On n'a pas fait de tournées des Zénith, et c'est très bien comme ça : récemment on a joué pendant le festival Génériq, un autre soir dans un appartement, ou dans la Chapelle, conçue par Le Corbusier, à Ronchamp par 0 °C ! Un après-midi nous avons joué dans une maison d'arrêt et le soir dans une abbaye. On ne tourne pas en tour bus et on aime bien rester un peu sur place, manger les nourritures locales...

M. I. : Vous avez fait une tournée énorme aussi bien en France qu'à l'étranger avec plus de 200 dates pour l'album précédent. La nouvelle sera-t-elle de la même ampleur ?
A. G. : On a fait jusqu'à dix-neuf dates par mois, c'était un peu trop. On a réduit, avec dix à douze dates par mois - et davantage pendant les périodes de festivals - mais la tournée sera étalée sur une période plus longue. À l'international, nous avons été dans une quinzaine de pays lors de la tournée précédente. Cette fois, nous allons sélectionner davantage les territoires, et nous irons aux États-Unis de façon plus appuyée. Nous y sommes allés trois fois, notamment à Austin au South By Southwest.

Propos recueillis par Sébastien Peyraud



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