INTERVIEWS - ARTISTES
M. I. : Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste qui débute aujourd'hui ?
H.-F. T. : Difficile de répondre, le monde a tellement évolué ! Aujourd'hui, je crois qu'il faut être plus déterminé, ainsi qu'aller le plus loin possible, musicalement et techniquement. Après, il m'est difficile de donner des conseils sur l'inspiration, qui reste le moteur de tout : on est inspiré ou on ne l'est pas ! Et puis, c'est un peu dur à dire, mais je ne sais pas si, aujourd'hui, la langue française est la meilleure lorsqu'on veut faire de la chanson.
M. I. : Cette tournée est longue, va passer par de nombreux Zénith et même s'arrêter à Bercy, une salle finalement peu fréquentée par les artistes français. Qu'est-ce qui vous plaît dans ces grandes salles, dans lesquelles la proximité peut manquer avec le public ?
H.-F. T. : Connaissez-vous cette citation de Brecht : « Qu'est-ce qu'un professeur sans élève et qu'est-ce qu'un comédien sans -public ? » ? Tout est là. Pour moi, peu importe la salle, du moment que le public est là. J'ai joué dans tous les types de salles. Je me suis même amusé à faire une tournée en solo dans de petites salles, il y a peu de temps. J'aime bien jouer dans toutes les -situations, toutes les configurations. Sinon, cela devient lassant. Il faut pouvoir tenter de nouvelles expériences.
Recueilli par Romain Berrod
Hubert-Félix Thiéfaine : « En trente ans, on a fait de gros efforts sur les salles de spectacles »
Figure emblématique de la chanson-rock depuis le début des années 70, lauréat du Grand prix de la chanson française décerné par la Sacem le 14 novembre, Hubert-Félix Thiéfaine nous a accordé un peu de temps, courant octobre, avant d'entamer sa longue tournée, qui s'étalera jusqu'au printemps 2012. L'occasion de revenir, entre autres, sur Suppléments de mensonge (Columbia/Sony), l'un de ses albums les plus aboutis.
Musique Info : Suppléments de mensonge est le deuxième album sur lequel vous avez délégué la composition à une génération d'artistes plus jeunes (La Casa, Ludéal, Arman Méliès...). Que vous ont apporté ces collaborations ?
Hubert-Félix Thiéfaine : Cela m'a permis d'ouvrir l'horizon au maximum, de m'enrichir, de m'amuser, et aussi de créer un son d'album tout à fait spécifique, unique, avec des artistes qui viennent d'univers très différents. De mon côté, j'avais pas mal composé pour cet album, mais j'ai préféré prendre des musiques de l'extérieur. L'idée m'est venue après avoir fait pas mal de reprises d'autres chanteurs. Je m'amusais à les personnaliser, à les faire miennes, à tel point que le public est parfois tombé dans le panneau, pensant que c'était moi qui avais écrit les chansons de Ferré ou Brassens que j'interprétais. Cela m'a donné envie de proposer à d'autres de s'immiscer dans mon cercle...Musique Info : Suppléments de mensonge est le deuxième album sur lequel vous avez délégué la composition à une génération d'artistes plus jeunes (La Casa, Ludéal, Arman Méliès...). Que vous ont apporté ces collaborations ?
M. I. : Cela sera-t-il votre leitmotiv pour les albums à venir, délaisser la composition pour vous concentrer sur le texte ?
H.-F. T. : C'est vrai que l'écriture reste un peu sacrée, pour moi. A ce niveau, je ne partage pas trop. Mais travailler avec d'autres compositeurs s'est révélé être un exercice intéressant. Je leur ai demandé de mettre une voix et une guitare ou un piano, pour avoir simplement la mélodie. Et tous, à chaque fois, m'ont mis des arrangements ! La première chose que je faisais, c'était d'enlever les arrangements, de prendre ma guitare et d'essayer de m'approprier le morceau. A partir de là, nous avons construit les arrangements, et ainsi, l'unité de l'album. J'aime bien ce processus.M. I. : Le rôle d'édith Fambuena et Jean-Louis Piérot, à la réalisation, a-t-il été déterminant dans le succès de cet album, eux qui ont signé quelques classiques du répertoire français ?
H.-F. T. : Je n'ai découvert l'histoire de ce duo qu'une fois les rythmiques de l'album enregistrées ! A la base, j'ai fait les maquettes de l'album, avec voix, guitare et clic. Quand j'ai réécouté l'ensemble, je me suis rendu compte que j'avais fait appel à ma part féminine. Alors, d'emblée, quand j'ai cherché un réalisateur, je me suis dit : « Et pourquoi pas une réalisatrice ? ». J'en ai rencontré plusieurs et mon choix s'est finalement porté sur Edith Fambuena, que j'avais connue par l'intermédiaire de la Grande Sophie. Elle m'a proposé par la suite d'inclure Jean-Louis Piérot dans la boucle. Naturellement, j'ai donné mon accord pour qu'elle ait le maximum de confort de travail. Il y a une part de hasard dans tout cela.M. I. : De quel œil voyez-vous les problèmes que rencontre l'industrie musicale aujourd'hui ? Cela vous touche-t-il ?
H.-F. T. : Bien sûr, cela me touche. Quand vous êtes dans les premières places du Top Albums, aujourd'hui, vous vendez dix fois moins que lorsque vous étiez en 25e place, il y a 20 ans. Certaines maisons de disques voient leur effectif passer de 600 employés à une centaine. C'est beaucoup de chômage. Cette crise, qui a commencé par le disque, est terrible. De mon côté, ces problèmes n'ont pas affecté mes relations avec ma maison de disques, au contraire. Je me suis toujours bien entendu avec les gens d'Epic, et aujourd'hui j'ai de bonnes relations avec ceux de Columbia. D'ailleurs, je suis très fier d'être sur ce label, le plus vieux de l'histoire du disque, qui représente aussi les disques de Bob Dylan, ceux que j'écoutais dans mon adolescence.
M. I. : Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste qui débute aujourd'hui ?
M. I. : Le titre de votre tournée, Homo Plebis Ultimae Tour, est ambigu. Il peut laisser supposer que c'est votre dernière tournée. Est-ce le cas ?
H.-F. T. : « Homo Plebis Ultimae » est une citation empruntée à Sénèque. Ce qui est troublant, c'est de savoir si l'on accorde « ultimae » avec « tour » ou avec « plebis ». Cela m'a amusé de jouer avec ça. J'ai toujours aimé me projeter dans le -futur, mais en vieillissant, il est difficile de continuer à m'y projeter parce que je le connais ! Maintenant, je vais doucement, et je planifie à moins long terme. Et je ne sais donc pas, pour le moment, s'il y aura un autre disque et une autre tournée par la suite.
M. I. : Cette tournée est longue, va passer par de nombreux Zénith et même s'arrêter à Bercy, une salle finalement peu fréquentée par les artistes français. Qu'est-ce qui vous plaît dans ces grandes salles, dans lesquelles la proximité peut manquer avec le public ?
M. I. : Justement, d'année en année, la lassitude vous guette-t-elle ?
H.-F. T. : Non, car ce n'est jamais la même chose sur scène. Et puis j'ai évolué, je n'étais jamais le même chanteur de tournée en tournée. Par ailleurs, les salles évoluent. à mes débuts, on se produisait dans les salles polyvalentes et les halls d'exposition... Ca craignait un maximum ! Si je dois retenir quelque chose de ce côté-là, c'est qu'en trente ans, il y a eu de gros efforts de faits sur les salles de spectacles. C'est plus agréable de circuler de concert en concert aujourd'hui. On pourrait faire encore mieux, si les architectes acceptaient de demander leur avis aux artistes, aux techniciens et au public... Je pense, entre autres, qu'il y a quelques Zénith dont l'acoustique pourrait être revue, tout comme leurs backstages. Mais bon, par rapport à ce qui existait dans les -années 80...M. I. : Depuis dix ans, vous êtes partie prenante dans une société, Lorelei Production. Quel est son rôle ?
H.-F. T. : C'est la cinquième tournée que l'on organise par son intermédiaire. Au travers de cette structure, je suis mon propre patron, ce qui est important quand on est sur la route. Je sais comment tout fonctionne, je n'ai pas de surprise. Et puis, on peut faire les choses comme on l'entend, avoir des rapports privilégiés avec les équipes techniques, les musiciens. C'est plus familial, nous évoluons dans un certain respect, nous sommes nos propres maîtres. Cela nous permet d'être plus libres et indépendants.Recueilli par Romain Berrod




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