INTERVIEWS - ARTISTES
À 84 ans, celui qui se verra honoré du Lifetime Achievement Award lors du Midem et qui vient de sortir un album de duos enregistrera un autre opus en 2009 et fourmille de projets : concerts, comédie musicale, écriture de spectacle... Rencontre avec Charles Aznavour dans les locaux des Éditions Raoul-Breton.
Le 19 janvier vous serez honoré pour l'ensemble de votre carrière d'un Lifetime Achievement Award, lors du Midem. Que ressentez-vous par rapport à cette récompense ?
Tout ce que m'a apporté ce métier que j'aime, que j'ai défendu et que je défends toujours - surtout aujourd'hui où nous en avons énormément besoin - me fait plaisir et même m'honore. Il s'agit non pas de la décision d'une seule personne, mais de plusieurs qui ont sans doute pensé : il a fait ceci, il continue de faire cela. Il est un homme utile à notre métier. Il aime sa profession, les gens de sa profession. C'est pour cela que je me sens très honoré. Parce que si le choix s'était fait par ordre alphabétique, il y a longtemps qu'ils me l'auraient donné !
Vous venez de sortir Duos chez Odéon/EMI, où vous reprenez vos chansons avec des artistes comme Paul Anka, Josh Groban, Elton John, Sting... Comment est né ce projet ?
C'est mon agent et ami, Lévon Sayan qui en a eu l'idée. J'avoue qu'au début, je n'étais pas pour. J'avais fait tellement de duos... Mais comme on fait confiance aux personnes avec lesquelles on travaille, je lui ai dit : « Si tu veux le faire, on va le faire ». Je ne me suis préoccupé de rien. Je suis venu uniquement pour chanter. Les chansons ont été choisies par les chanteurs eux-mêmes et interprétées selon leurs tonalités, mais j'ai quand même pris du plaisir à faire le disque.
Vous avez fait appel à des stars internationales pour cet album, mais on a pu constater que vous gardiez un œil sur la jeune génération française en ayant écrit pour Amel Bent ou chanté sur un titre de Kery James. Et j'ai lu que vous deviez enregistrer un titre avec Grand Corps Malade. Qu'en est-il ?
Il a écrit le texte, mais je n'ai pas encore écrit la musique. Il faut une musique qui ne soit pas éloignée de moi et qui ne soit pas non plus une imitation de ce que ferait un jeune aujourd'hui. L'équilibre est difficile à trouver, mais je réussirai car je suis têtu. Ce sera pour son prochain disque.
Vous souvenez-vous des conditions dans lesquelles vous avez écrit votre première chanson ? C'était où et quand ?
C'est J'ai bu. Je ne me rappelle plus comment je l'ai écrite. En revanche, je me souviens de la première fois où je l'ai chantée et je n'étais pas en bon état ! J'ai dû l'écrire en 1942, elle a été enregistrée en 44 par Georges Ulmer. Cela a été un succès immédiat et elle a eu le Grand Prix du disque. Je ne dirais pas que j'écrivais autrement que les autres, mais je parlais d'autres choses, et on a mis trente ans pour écrire les mêmes choses. J'employais des mots comme je jouis, la prostate, etc. Pour que quelqu'un écrive le mot sexualité, il a fallu attendre trente et un an, et c'était Renaud. J'ai toujours voulu être en tête, non pas des ventes, mais des idées. Il faut qu'on puisse dire : « Ça, Aznavour l'avait déjà dit ». Et cela arrive souvent !
Invité à Bruxelles en 2007 au Sommet Cisac, vous défendiez le rôle des sociétés d'auteur et vous souligniez la nécessité de voir le travail des auteurs reconnus et rémunérés par les fournisseurs d'accès internet, les opérateurs téléphoniques...
On arrive à un moment où cela va être très difficile. De quoi vont vivre les jeunes auteurs et compositeurs, les écrivains, les poètes ? Il n'y a plus rien de possible puisque tout est volable. Il y a une question morale et on n'a pas joué là-dessus. On n'a pas réussi à convaincre le public que télécharger, c'est voler. Moi je ne vais pas voler chez le boucher ou le boulanger, alors on n'a pas le droit de voler mon travail. Quoique, si on le vole, cela a beaucoup moins d'importance, étant donné que ma carrière est faite. J'ai gagné ma vie avec ce qu'on est en train de voler aux autres. Mais qu'en est-t-il de la nouveauté ? Il faut donner la possibilité à toute une génération de s'exprimer. Si on leur prend ça, on n'aura plus rien de neuf et se retrouvera dans une situation similaire à celle de la télévision : on achètera tout ce qui vient de l'étranger et nous perdrons notre spécificité française. Ce serait dommage parce que nous représentons quelque chose d'important à l'échelle internationale. Je parcours le monde, j'écoute, je lis, et je sais que nous sommes un pays-phare. La seule chose, c'est que les Français et les artistes ne le savent pas.
Comment vivez-vous la période un peu compliquée que traverse EMI ?
Je ne me complique pas la vie. Je travaille avec une maison qui a été parfaite avec moi. Prochainement, je vais enregistrer un disque et ce sera aux États-Unis. EMI ne m'a jamais rien refusé. Il est vrai que mes ventes sont plus ou moins fortes selon les albums, mais en général bien au-dessus de la moyenne. Ils ont donc tout intérêt à me garder. Comme ils travaillent bien avec moi et comme je leur donne de l'espoir, j'ai tout intérêt à travailler avec eux !
En 1992, vous avez racheté avec Gérard Davoust le catalogue des Éditions Raoul-Breton, qui est votre éditeur. Quel est votre rôle ici ?
Tout d'abord, le fait d'avoir acheté la maison lui a donné un coup de projecteur. Ensuite concernant mon rôle, il s'agit d'accueillir les artistes comme on les accueillait auparavant : qu'il y ait une convivialité. Il faut prendre le temps de discuter avec les artistes qui viennent, les conseiller et ne pas juste leur dire si tu veux cette chanson ça coûte tant. Au sein des éditions, le grand rôle revient à Gérard Davoust : il administre tout et nous sommes d'accord sur les artistes que nous signons.
Quels sont vos projets pour 2009 ? J'ai vu qu'il y avait une tournée prévue en Amérique du Nord.
Je ne fais plus de longue tournée. Je ferai quelques galas, fin mai, à Toronto, Ottawa, Montréal, New York. Je chanterai pour la première fois en français dans les pays de langue anglaise.
J'ai lu que vous aviez un tiroir avec 170 textes non utilisés.
Non, ce n'est pas dans un tiroir, c'est dans mon ordinateur. Il s'agit de 170 textes à finir : certains ont un couplet et un refrain, d'autres seulement un refrain ou uniquement la musique. Mais la plupart ont un titre. Le titre est important chez moi. Et bientôt, il m'en restera 166 : mon prochain disque, Jazznavour 2 comprendra quatre nouveaux titres. Je l'enregistre début mai avec un orchestre de jazz et avec Jacky Terrasson au piano, qui était déjà présent sur le premier Jazznavour.
Avez-vous d'autres projets ?
J'ai rendez-vous à Londres pour discuter avec un producteur d'un projet de comédie musicale autour de Toulouse-Lautrec qui sera présenté aux États-Unis. Il y aura 16 ou 17 chansons issues de l'album Insolitement vôtre. Il y a également l'écriture d'une pièce à un personnage, Entre cours et jardin. L'histoire d'une chanteuse qui vient raconter sa vie sur scène. Elle ne sera pas présentée avant septembre prochain.
Propos recueillis par Sébastien Peyraud
Charles Aznavour
À 84 ans, celui qui se verra honoré du Lifetime Achievement Award lors du Midem et qui vient de sortir un album de duos enregistrera un autre opus en 2009 et fourmille de projets : concerts, comédie musicale, écriture de spectacle... Rencontre avec Charles Aznavour dans les locaux des Éditions Raoul-Breton.Le 19 janvier vous serez honoré pour l'ensemble de votre carrière d'un Lifetime Achievement Award, lors du Midem. Que ressentez-vous par rapport à cette récompense ?
Tout ce que m'a apporté ce métier que j'aime, que j'ai défendu et que je défends toujours - surtout aujourd'hui où nous en avons énormément besoin - me fait plaisir et même m'honore. Il s'agit non pas de la décision d'une seule personne, mais de plusieurs qui ont sans doute pensé : il a fait ceci, il continue de faire cela. Il est un homme utile à notre métier. Il aime sa profession, les gens de sa profession. C'est pour cela que je me sens très honoré. Parce que si le choix s'était fait par ordre alphabétique, il y a longtemps qu'ils me l'auraient donné !
Vous venez de sortir Duos chez Odéon/EMI, où vous reprenez vos chansons avec des artistes comme Paul Anka, Josh Groban, Elton John, Sting... Comment est né ce projet ?
C'est mon agent et ami, Lévon Sayan qui en a eu l'idée. J'avoue qu'au début, je n'étais pas pour. J'avais fait tellement de duos... Mais comme on fait confiance aux personnes avec lesquelles on travaille, je lui ai dit : « Si tu veux le faire, on va le faire ». Je ne me suis préoccupé de rien. Je suis venu uniquement pour chanter. Les chansons ont été choisies par les chanteurs eux-mêmes et interprétées selon leurs tonalités, mais j'ai quand même pris du plaisir à faire le disque.
Vous avez fait appel à des stars internationales pour cet album, mais on a pu constater que vous gardiez un œil sur la jeune génération française en ayant écrit pour Amel Bent ou chanté sur un titre de Kery James. Et j'ai lu que vous deviez enregistrer un titre avec Grand Corps Malade. Qu'en est-il ?
Il a écrit le texte, mais je n'ai pas encore écrit la musique. Il faut une musique qui ne soit pas éloignée de moi et qui ne soit pas non plus une imitation de ce que ferait un jeune aujourd'hui. L'équilibre est difficile à trouver, mais je réussirai car je suis têtu. Ce sera pour son prochain disque.
Vous souvenez-vous des conditions dans lesquelles vous avez écrit votre première chanson ? C'était où et quand ?
C'est J'ai bu. Je ne me rappelle plus comment je l'ai écrite. En revanche, je me souviens de la première fois où je l'ai chantée et je n'étais pas en bon état ! J'ai dû l'écrire en 1942, elle a été enregistrée en 44 par Georges Ulmer. Cela a été un succès immédiat et elle a eu le Grand Prix du disque. Je ne dirais pas que j'écrivais autrement que les autres, mais je parlais d'autres choses, et on a mis trente ans pour écrire les mêmes choses. J'employais des mots comme je jouis, la prostate, etc. Pour que quelqu'un écrive le mot sexualité, il a fallu attendre trente et un an, et c'était Renaud. J'ai toujours voulu être en tête, non pas des ventes, mais des idées. Il faut qu'on puisse dire : « Ça, Aznavour l'avait déjà dit ». Et cela arrive souvent !
Invité à Bruxelles en 2007 au Sommet Cisac, vous défendiez le rôle des sociétés d'auteur et vous souligniez la nécessité de voir le travail des auteurs reconnus et rémunérés par les fournisseurs d'accès internet, les opérateurs téléphoniques...
On arrive à un moment où cela va être très difficile. De quoi vont vivre les jeunes auteurs et compositeurs, les écrivains, les poètes ? Il n'y a plus rien de possible puisque tout est volable. Il y a une question morale et on n'a pas joué là-dessus. On n'a pas réussi à convaincre le public que télécharger, c'est voler. Moi je ne vais pas voler chez le boucher ou le boulanger, alors on n'a pas le droit de voler mon travail. Quoique, si on le vole, cela a beaucoup moins d'importance, étant donné que ma carrière est faite. J'ai gagné ma vie avec ce qu'on est en train de voler aux autres. Mais qu'en est-t-il de la nouveauté ? Il faut donner la possibilité à toute une génération de s'exprimer. Si on leur prend ça, on n'aura plus rien de neuf et se retrouvera dans une situation similaire à celle de la télévision : on achètera tout ce qui vient de l'étranger et nous perdrons notre spécificité française. Ce serait dommage parce que nous représentons quelque chose d'important à l'échelle internationale. Je parcours le monde, j'écoute, je lis, et je sais que nous sommes un pays-phare. La seule chose, c'est que les Français et les artistes ne le savent pas.
Comment vivez-vous la période un peu compliquée que traverse EMI ?
Je ne me complique pas la vie. Je travaille avec une maison qui a été parfaite avec moi. Prochainement, je vais enregistrer un disque et ce sera aux États-Unis. EMI ne m'a jamais rien refusé. Il est vrai que mes ventes sont plus ou moins fortes selon les albums, mais en général bien au-dessus de la moyenne. Ils ont donc tout intérêt à me garder. Comme ils travaillent bien avec moi et comme je leur donne de l'espoir, j'ai tout intérêt à travailler avec eux !
En 1992, vous avez racheté avec Gérard Davoust le catalogue des Éditions Raoul-Breton, qui est votre éditeur. Quel est votre rôle ici ?
Tout d'abord, le fait d'avoir acheté la maison lui a donné un coup de projecteur. Ensuite concernant mon rôle, il s'agit d'accueillir les artistes comme on les accueillait auparavant : qu'il y ait une convivialité. Il faut prendre le temps de discuter avec les artistes qui viennent, les conseiller et ne pas juste leur dire si tu veux cette chanson ça coûte tant. Au sein des éditions, le grand rôle revient à Gérard Davoust : il administre tout et nous sommes d'accord sur les artistes que nous signons.
Quels sont vos projets pour 2009 ? J'ai vu qu'il y avait une tournée prévue en Amérique du Nord.
Je ne fais plus de longue tournée. Je ferai quelques galas, fin mai, à Toronto, Ottawa, Montréal, New York. Je chanterai pour la première fois en français dans les pays de langue anglaise.
J'ai lu que vous aviez un tiroir avec 170 textes non utilisés.
Non, ce n'est pas dans un tiroir, c'est dans mon ordinateur. Il s'agit de 170 textes à finir : certains ont un couplet et un refrain, d'autres seulement un refrain ou uniquement la musique. Mais la plupart ont un titre. Le titre est important chez moi. Et bientôt, il m'en restera 166 : mon prochain disque, Jazznavour 2 comprendra quatre nouveaux titres. Je l'enregistre début mai avec un orchestre de jazz et avec Jacky Terrasson au piano, qui était déjà présent sur le premier Jazznavour.
Avez-vous d'autres projets ?
J'ai rendez-vous à Londres pour discuter avec un producteur d'un projet de comédie musicale autour de Toulouse-Lautrec qui sera présenté aux États-Unis. Il y aura 16 ou 17 chansons issues de l'album Insolitement vôtre. Il y a également l'écriture d'une pièce à un personnage, Entre cours et jardin. L'histoire d'une chanteuse qui vient raconter sa vie sur scène. Elle ne sera pas présentée avant septembre prochain.
Propos recueillis par Sébastien Peyraud




ADELE
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