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INTERVIEWS - ARTISTES

Cali : « Si on avait suivi l'ordre normal des choses, un CD devrait coûter aujourd'hui 10 € »

Cali : « Si on avait suivi l'ordre normal des choses, un CD devrait coûter aujourd'hui 10 € » Cali, vient de publier son nouvel album, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur, chez Virgin/EMI, en attendant une tournée, avec Astérios, qui débutera à partir de mi-mars 2011, avec un arrêt au Zénith de Paris le 4 mai. L'occasion de parler de cette double actualité, mais aussi de téléchargement, du prix du disque, d'Alain Bashung ou de son expérience au cinéma.

Musique Info : On sait que vos tournées marchent bien, mais gardez-vous aussi un œil sur les ventes de vos albums ?
Cali : Oui, l'accueil du public est très important et c'est surtout pour la suite, la tournée. Si le disque est bien accueilli, il y aura encore plus de monde pour la tournée. Ce qui m'intéresse aussi particulièrement, est de savoir les villes dans lesquelles cela se passe le mieux ou le moins bien et de savoir pourquoi. Je suis Catalan, donc chez moi, il y a un engouement. Cela se passe bien aussi dans le Nord, en Belgique, en Bretagne, du côté de Bordeaux, et moins bien vers Nice, Grenoble.

M. I. : Votre dernier album s'est vendu à 150 000 exemplaires et depuis vos débuts, les ventes ont baissé au fur et à mesure.
C. : En fait, il s'est vendu à 200 000, ce qui m'a valu un disque de platine. Les ventes ont suivi la tendance du marché, sauf pour L'espoir, le précédent album. Il s'est moins vendu que Menteur, mais la courbe était au-dessus du marché. Le premier, L'amour parfait, a été une surprise, c'était nouveau, et je suis ravi de voir qu'il a été nommé meilleur premier album en français de la décennie par le magazine Francofans. Et si pour le disque, la tendance suit celle du marché, la fréquentation des concerts progresse sans arrêt. Mais je ne suis pas fataliste. Nous sommes tous concernés pour trouver des solutions. Ce n'est quand même pas qu'à cause du téléchargement qu'on n'achète plus de disques. Je trouve le disque trop cher aujourd'hui. Avec l'arrivée du CD, on nous a dit : le coût va baisser à un moment car on pourra produire plus facilement. Si on avait suivi l'ordre normal des choses, un CD devrait coûter aujourd'hui 10 € au maximum et on en vendrait beaucoup plus. On pourra commencer à parler de vol sur internet quand les prix seront très raisonnables. Je vais me faire engueuler si je dis ça, mais c'est mon avis.

M. I. : Ce quatrième album studio est le premier que vous co-réalisez.
C. : Coréalisation est un bien grand mot. Geoffrey Burton a bien mené la barque, je l'ai suivi. C'est lui le vrai réalisateur. J'avais goûté à différentes manières de faire des disques. La manière chirurgicale, avec Daniel Presley comme réalisateur pour les deux premiers disques. On enregistre les batteries, les basses, les guitares, puis tout est découpé et on essaie de faire le plus propre possible et ça marche très bien. La deuxième méthode, j'y avais goûté avec Mathias Malzieu et Scott Colburn sur l'album L'espoir, et aujourd'hui avec Geoffrey Burton où on a tout joué tout live. Les musiciens se connaissent par cœur et ils donnent tout ce qu'ils ont en une ou deux prises. On peut parler de coréalisation parce que j'étais le chef de famille et c'était une vraie famille. Ce qui m'a beaucoup plu, c'est qu'on a suivi le dogme, une phrase de Brian Eno, affichée dans le studio chez moi : "Tu honoreras ton erreur comme une intention cachée". Cela mettait à l'aise les musiciens.

M. I. : Est-ce important pour vous d'avoir votre propre studio, en terme d'ambiance, de temps ?
C. : La première fois, j'étais allé enregistrer en Angleterre, c'était un rêve d'enfant, la deuxième fois en Irlande, c'est le pays où j'ai décidé de mourir, et cette fois-ci, j'ai deux enfants et ce qui m'a plu c'est de les avoir tous les jours au studio. Ma petite fille de cinq ans qui chantait avec moi, qui m'agrippait le pantalon pendant les prises, c'était très familial ce qui a permis de désacraliser la prise de son. Je n'ai pas eu l'impression de faire un album, c'était un grand jeu musical. Cela permet aussi de n'avoir aucun horaire, ni de limite de temps.

M. I. : En 2007, vous avez fait partie de la tournée Les Aventuriers d'un autre monde avec Jean-Louis Aubert, Alain Bashung, Daniel Darc, Richard Kolinka et Raphaël. Que vous retenez de ces dates ?
C. : C'était merveilleux, j'espère qu'on verra les images qui ont été captées. Se retrouver sur des dates avec ces grands noms, se retrouver avec eux dans des trains, des bus, des avions, comme une petite famille, où chacun raconte sa vie. J'ai vécu quelque chose qui reste gravé dans mon cœur. C'était une initiative de Richard Kolinka, qui a fait un travail énorme : c'est très compliqué de réunir des artistes qui ont des affinités et de jongler avec leurs emplois du temps, leurs managers.

M. I. : Il y a eu le film Magique dans lequel vous étiez acteur et dont vous avez fait la musique. Que retenez-vous de cette expérience ? Cela vous a-t-il donné envie de continuer ?
C. : Je ne pensais pas au cinéma, mais Philippe Muyl, qui est un réalisateur que j'adore, m'a proposé de faire la musique de son film et il m'a dit : "la musique fait partie du film et tu es tellement dans ta musique que j'aimerais que tu sois aussi dans mon film". Comme je suis partant pour des expériences nouvelles, j'ai essayé et cela m'a beaucoup plu. J'ai joué aussi avec Joël Cantona dans un court-métrage réalisé par Xavier Franchome, et je suis très fier de cela. Je parle de ces expériences avec des amis acteurs comme Rachida Brakni, Tchéky Karyo et Éric Cantona.

M. I. : Le film n'a pas connu un grand succès, cela vous a-t-il touché ?
C. : J'étais un petit soldat, et j'ai surtout été touché pour Philippe. On voit que c'est un métier difficile : il sortait de grands succès publics. Ce projet lui a pris quatre ans et le mercredi de la sortie, on a su que ça n'allait pas marcher. C'est encore plus terrifiant dans le cinéma que dans la musique. Moi si mon album ne marche pas, j'ai mon studio et je peux toujours faire un album chez moi, aller jouer. Dans le cinéma, il faut trouver des partenaires et après un échec, c'est compliqué. C'est un monde impitoyable. Dans la musique, il n'y a pas de concurrence : je suis le meilleur Cali du monde, et Bénabar ou Delerm sont chacun les meilleurs du monde. Dans le cinéma, on sent cette concurrence. Quand il y a un Mesrine à tourner, il n'y a qu'un Mesrine et s'il y a 50 prétendants, les 49 autres peuvent avoir de la rancœur et je le comprends.

M. I. : Quels sont vos projets ?
C. : Je continue à écrire des chansons, il y aura aussi peut être un projet au théâtre... Mais le futur proche, c'est la tournée. J'étale les quatre disques sur mon lit et je me demande quelles chansons choisir, comment les arranger. Et cette réflexion prend du temps. Je fais quelques petites choses en écriture sur les conseils de mon ami, Mathias Malzieu, qui termine son dernier roman. Il m'a demandé d'écrire une nouvelle. Et j'ai commencé à y prendre goût, mais je fais ça pour moi.

Propos recueillis par Sébastien Peyraud
Retrouvez la fin de l'interview dans le n°523 de Musique Info, à paraître le 23 décembre


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