INTERVIEWS - ARTISTES
Le 17 novembre à l'Olympia, la chanteuse et compositrice a reçu le 7e Prix Constantin des mains d'Étienne Daho. Avant de s'envoler pour le Nigeria, Asa est revenue sur cette récompense et sur son année écoulée.
Vous étiez très émue lors de la remise du prix. Qu'avez-vous ressenti exactement à ce moment-là ?
C'était une surprise, un choc. Je ne m'y attendais pas du tout. C'est très important pour moi. Je sais ce que représente ce prix et faire partie des nommés était déjà une récompense pour moi.
Justement, que représente-t-il pour vous et qu'en attendez-vous ?
C'est un rêve qui se réalise. Je vais continuer ce que j'adore faire : chanter et vivre la musique.
Vous avez signé en 2006 avec Naïve après avoir assuré des premières parties pour Akon, John Legend, Beyoncé, Snoop Dogg au Nigeria. Comment se sont passées la rencontre et la signature avec ce label ?
J'étais à Paris en 2005 pour une résidence artistique grâce à l'Afaa (Association française d'action artistique appelée aujourd'hui Culture France). Il y a eu des concerts et j'ai croisé des artistes : Richard Bona, Manu Dibango, Tony Allen... À ces occasions, j'ai rencontré des personnes de Naïve et il nous a fallu un an pour finaliser la signature.
Vous êtes nigériane, signée sur un label français. Comment répartissez-vous votre temps entre les deux pays ?
Aujourd'hui je suis basée à Paris, mais je voyage sans arrêt ! Demain je serai à Lagos. Ma vie est sur la route. Cela fait plus d'un an et cela continuera un peu l'année prochaine. C'est excitant d'avoir ce public qui vient vous voir. J'apprécie. Mais mon corps a besoin de se reposer et j'espère me ressourcer, vivre 'normalement', rencontrer du monde...
Quel regard portez-vous sur l'industrie musicale et les difficultés qu'elle connaît aujourd'hui ?
Malheureusement, quand j'ai commencé à faire de la musique, les problèmes existaient déjà : le téléchargement illégal et des ventes de CD pas très bonnes, mais j'espère et je pense qu'on trouvera une solution et que ça ne durera pas trop longtemps. Mais comme je le disais, je suis très contente de faire ce que je fais en ce moment. Tout arrive au bon moment pour moi.
Quelles solutions peut-on trouver pour y faire face ?
Je ne sais pas. La crise est profonde et il est difficile d'influer dessus. Mais je pense qu'il s'agit d'avoir un dialogue avec le public et une réflexion par rapport à l'évolution des supports. Gérer la transition comme au moment où le CD est apparu, remplaçant les cassettes et les vinyles. C'est un peu compliqué, mais je pense que les choses pourront changer.
Avez-vous suivi les débats autour du projet de loi qui vise à contrer le téléchargement illégal ?
Au Nigeria, le problème ne se pose pas vraiment, le net n'est pas autant développé puisque très récent. Je ne suis pas une supportrice du téléchargement illégal, j'aime acheter les albums des autres artistes, c'est un moyen de les soutenir.
Pour votre premier album, vous avez travaillé avec le musicien et producteur nigérian Cobhams Asuquo. Comment s'est déroulée la rencontre ? Comment travaillez-vous tous les deux ?
Nous sommes de très bons amis. Je l'ai rencontré à Lagos via ma meilleure amie, Janet, qui est ma manageuse. Soit nous jouons tous les deux de la guitare, soit je suis à la guitare et lui au piano. Quand je compose une chanson, il est le premier à qui je la fais écouter. Il a une très grande imagination et une importante capacité de création. Il a été le principal partenaire musical pour cet album.
Concernant ce disque, avez-vous été surprise du bon accueil qu'il reçoit depuis sa sortie ?
Oui j'ai été très surprise. J'étais contente d'être nommée au Prix Constantin, d'enregistrer dans un bon studio où il n'y a pas sans arrêt des problèmes d'électricité et de jouer dans des lieux prestigieux. Depuis que l'album est sorti cela a été fabuleux.
Comment cela se passe dans le reste du monde ?
Le projet prend de l'ampleur petit à petit. Cela se passe bien en Europe, au Japon, à Hongkong... Même chose en Afrique ou au Nigeria même si malheureusement tout est piraté. Cela permet à tout le monde, à tous les enfants dans la rue d'avoir quelque chose à écouter ce qui est bien aussi.
Vous parliez de tourner dans le monde entier et cet été, on a eu des exemples d'artistes africains qui ont eu des difficultés énormes pour voyager. Est-ce compliqué pour vous ?
Parfois, c'est très compliqué, les démarches administratives prennent beaucoup de temps. À l'aéroport nous avons sans arrêt des contrôles supplémentaires.
En Europe, le prix des cachets pour les concerts a tendance à s'envoler pour certains artistes. Quelle attention portez-vous à ce sujet ?
Aucune, je ne m'intéresse pas au côté financier. On me dit il y a un concert là, je dis ok, je suis prête on y va. Je refuse de regarder l'aspect financier.
Vous êtes considérée comme une artiste de « world music », je crois que c'est un terme qui ne vous plaît pas.
Oui, parce que cela ne veut rien dire du tout ! Appelons ça pop, jazz, reggae... Le système fait qu'il faut mettre un nom pour que le public s'y retrouve mais quand je vais dans les magasins que je cherche de la « world music » cela me prend toujours plus de temps parce que les rayons sont les plus éloignés.
Il y a quelques artistes nigérians comme Ayo, Nneka, ou vous que l'on voit émerger. Y a-t-il de bonnes conditions sur place qui permettent cela ?
Les choses évoluent petit à petit et les artistes comme Nneka, Ayo, Keziah Jones ou moi peuvent émerger dans le monde entier et une fois de retour au pays, il y a la possibilité de travailler avec de bons artistes sur place et d'insuffler de la vitalité à la scène locale. L'industrie musicale est forte au Nigeria car presque 90 % de la musique en radio est nigériane. C'est une bonne chose. L'industrie doit encore progresser, les musiciens ne sont pas très bien payés. Nous avons le problème des CD piratés. Donc les gros concerts vous rendent populaires mais vous ne gagnez pas d'argent sur les ventes de CD. Il y a ce problème de propriété intellectuelle, mais cela progresse.
Quels sont vos projets imminents ?
Je vais à Abuja pour les MTV Africa Music Awards C'est la première fois que MTV organise une cérémonie comme ça au Nigeria, en Afrique. C'est une bonne initiative et je suis contente, c'est l'occasion de rentrer à la maison. Ensuite nous jouerons à'Olympia le 16 mars et aux États-Unis en janvier.
Propos recueillis par Sébastien Peyraud
Asa
Le 17 novembre à l'Olympia, la chanteuse et compositrice a reçu le 7e Prix Constantin des mains d'Étienne Daho. Avant de s'envoler pour le Nigeria, Asa est revenue sur cette récompense et sur son année écoulée.Vous étiez très émue lors de la remise du prix. Qu'avez-vous ressenti exactement à ce moment-là ?
C'était une surprise, un choc. Je ne m'y attendais pas du tout. C'est très important pour moi. Je sais ce que représente ce prix et faire partie des nommés était déjà une récompense pour moi.
Justement, que représente-t-il pour vous et qu'en attendez-vous ?
C'est un rêve qui se réalise. Je vais continuer ce que j'adore faire : chanter et vivre la musique.
Vous avez signé en 2006 avec Naïve après avoir assuré des premières parties pour Akon, John Legend, Beyoncé, Snoop Dogg au Nigeria. Comment se sont passées la rencontre et la signature avec ce label ?
J'étais à Paris en 2005 pour une résidence artistique grâce à l'Afaa (Association française d'action artistique appelée aujourd'hui Culture France). Il y a eu des concerts et j'ai croisé des artistes : Richard Bona, Manu Dibango, Tony Allen... À ces occasions, j'ai rencontré des personnes de Naïve et il nous a fallu un an pour finaliser la signature.
Vous êtes nigériane, signée sur un label français. Comment répartissez-vous votre temps entre les deux pays ?
Aujourd'hui je suis basée à Paris, mais je voyage sans arrêt ! Demain je serai à Lagos. Ma vie est sur la route. Cela fait plus d'un an et cela continuera un peu l'année prochaine. C'est excitant d'avoir ce public qui vient vous voir. J'apprécie. Mais mon corps a besoin de se reposer et j'espère me ressourcer, vivre 'normalement', rencontrer du monde...
Quel regard portez-vous sur l'industrie musicale et les difficultés qu'elle connaît aujourd'hui ?
Malheureusement, quand j'ai commencé à faire de la musique, les problèmes existaient déjà : le téléchargement illégal et des ventes de CD pas très bonnes, mais j'espère et je pense qu'on trouvera une solution et que ça ne durera pas trop longtemps. Mais comme je le disais, je suis très contente de faire ce que je fais en ce moment. Tout arrive au bon moment pour moi.
Quelles solutions peut-on trouver pour y faire face ?
Je ne sais pas. La crise est profonde et il est difficile d'influer dessus. Mais je pense qu'il s'agit d'avoir un dialogue avec le public et une réflexion par rapport à l'évolution des supports. Gérer la transition comme au moment où le CD est apparu, remplaçant les cassettes et les vinyles. C'est un peu compliqué, mais je pense que les choses pourront changer.
Avez-vous suivi les débats autour du projet de loi qui vise à contrer le téléchargement illégal ?
Au Nigeria, le problème ne se pose pas vraiment, le net n'est pas autant développé puisque très récent. Je ne suis pas une supportrice du téléchargement illégal, j'aime acheter les albums des autres artistes, c'est un moyen de les soutenir.
Pour votre premier album, vous avez travaillé avec le musicien et producteur nigérian Cobhams Asuquo. Comment s'est déroulée la rencontre ? Comment travaillez-vous tous les deux ?
Nous sommes de très bons amis. Je l'ai rencontré à Lagos via ma meilleure amie, Janet, qui est ma manageuse. Soit nous jouons tous les deux de la guitare, soit je suis à la guitare et lui au piano. Quand je compose une chanson, il est le premier à qui je la fais écouter. Il a une très grande imagination et une importante capacité de création. Il a été le principal partenaire musical pour cet album.
Concernant ce disque, avez-vous été surprise du bon accueil qu'il reçoit depuis sa sortie ?
Oui j'ai été très surprise. J'étais contente d'être nommée au Prix Constantin, d'enregistrer dans un bon studio où il n'y a pas sans arrêt des problèmes d'électricité et de jouer dans des lieux prestigieux. Depuis que l'album est sorti cela a été fabuleux.
Comment cela se passe dans le reste du monde ?
Le projet prend de l'ampleur petit à petit. Cela se passe bien en Europe, au Japon, à Hongkong... Même chose en Afrique ou au Nigeria même si malheureusement tout est piraté. Cela permet à tout le monde, à tous les enfants dans la rue d'avoir quelque chose à écouter ce qui est bien aussi.
Vous parliez de tourner dans le monde entier et cet été, on a eu des exemples d'artistes africains qui ont eu des difficultés énormes pour voyager. Est-ce compliqué pour vous ?
Parfois, c'est très compliqué, les démarches administratives prennent beaucoup de temps. À l'aéroport nous avons sans arrêt des contrôles supplémentaires.
En Europe, le prix des cachets pour les concerts a tendance à s'envoler pour certains artistes. Quelle attention portez-vous à ce sujet ?
Aucune, je ne m'intéresse pas au côté financier. On me dit il y a un concert là, je dis ok, je suis prête on y va. Je refuse de regarder l'aspect financier.
Vous êtes considérée comme une artiste de « world music », je crois que c'est un terme qui ne vous plaît pas.
Oui, parce que cela ne veut rien dire du tout ! Appelons ça pop, jazz, reggae... Le système fait qu'il faut mettre un nom pour que le public s'y retrouve mais quand je vais dans les magasins que je cherche de la « world music » cela me prend toujours plus de temps parce que les rayons sont les plus éloignés.
Il y a quelques artistes nigérians comme Ayo, Nneka, ou vous que l'on voit émerger. Y a-t-il de bonnes conditions sur place qui permettent cela ?
Les choses évoluent petit à petit et les artistes comme Nneka, Ayo, Keziah Jones ou moi peuvent émerger dans le monde entier et une fois de retour au pays, il y a la possibilité de travailler avec de bons artistes sur place et d'insuffler de la vitalité à la scène locale. L'industrie musicale est forte au Nigeria car presque 90 % de la musique en radio est nigériane. C'est une bonne chose. L'industrie doit encore progresser, les musiciens ne sont pas très bien payés. Nous avons le problème des CD piratés. Donc les gros concerts vous rendent populaires mais vous ne gagnez pas d'argent sur les ventes de CD. Il y a ce problème de propriété intellectuelle, mais cela progresse.
Quels sont vos projets imminents ?
Je vais à Abuja pour les MTV Africa Music Awards C'est la première fois que MTV organise une cérémonie comme ça au Nigeria, en Afrique. C'est une bonne initiative et je suis contente, c'est l'occasion de rentrer à la maison. Ensuite nous jouerons à'Olympia le 16 mars et aux États-Unis en janvier.
Propos recueillis par Sébastien Peyraud




ADELE
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