ANALYSES - OPINION
Comment parlera-t-on de l'été 2010 dans cinq ou dix ans ? Gardera-t-on surtout le souvenir de l'extraordinaire épopée de Stromae qui, après avoir été numéro 1 en France et dans seize autres pays d'Europe, s'est invité - en français, mesdames et messieurs ! - dans le Top 30 américain ? Ou évoquera-t-on le mammifère grassouillet dont les « T'es si mignon, mignon, mignon/Mais gros, gros gros » ont été regardés des millions de fois sur internet ?
Autrement dit, qui durera le plus longtemps, d'Alors on danse et sa noire allégresse ou de René la Taupe et son refrain écervelé ? On peut brandir des arbres généalogiques : Satisfaction, Zouk-la sé sel médikaman nou ni et Tomber la chemise d'un côté ; La Danse des canards, À la queue-leu-leu et Phénoménal de l'autre... On peut lancer des accusations (buzz internet téléguidé par Universal, allègue-t-on çà et là à propos de Stromae) ou agiter des plaidoiries (Mignon, mignon n'est pas plus ridicule en 2010 que Popcorn en 1972), on pourrait passer une soirée entière à dessiner la frontière entre la France de Stromae et la France de René la Taupe.
Il y a de toute évidence quelque chose de plus pérenne chez René la Taupe, qui nous rappelle combien il a pu être écoulé de chansons bêtes sous toutes leurs formes de commercialisation depuis le succès de Pouet pouet chanté par Milton dans les années 20 (« Je lui fais pouet-pouet/Elle me fait pouet-pouet/On se fait pouet-pouet/Et puis ça y est »). Un coup ? Assurément, et dans la plus belle tradition de la loufoquerie gauloise qui enchante les gosses à la récré comme les banquets d'adultes.
On peut être fondé à croire que de tels objets culturels ne déferlent pas innocemment. Il y a peut-être une logique secrète à ce que l'été de Stromae soit aussi l'été de René la Taupe : pourquoi ne pas plonger le plus loin possible dans l'humour sommaire et une certaine laideur bon enfant lorsque s'impose une aussi sombre gaieté que celle d'Alors on danse ? Car Stromae est un personnage singulier, qui ravive (voire réinvente) dans la variété d'Europe occidentale une tradition plutôt créole, qui consiste à faire entendre les pires constats sur l'état du monde sur des rythmiques dansantes. Chez les Brésiliens comme chez Kassav' mais aussi parfois, jadis, chez les Rolling Stones ou chez les Kinks, on rencontre ces alliances presque contre nature de joie et de désespoir, de plaisir sensuel et de vague à l'âme... Avec Alors on danse, Stromae tend à notre époque le miroir inattendu d'un désespoir dansant, d'une fête au bord du gouffre. Si cette lucidité n'avait pas déferlé sur les ondes ces derniers mois, se laisserait-on aussi facilement conquérir par René la Taupe ?
La chronique de Bertrand Dicale : La Taupe contre la lucidité
Comment parlera-t-on de l'été 2010 dans cinq ou dix ans ? Gardera-t-on surtout le souvenir de l'extraordinaire épopée de Stromae qui, après avoir été numéro 1 en France et dans seize autres pays d'Europe, s'est invité - en français, mesdames et messieurs ! - dans le Top 30 américain ? Ou évoquera-t-on le mammifère grassouillet dont les « T'es si mignon, mignon, mignon/Mais gros, gros gros » ont été regardés des millions de fois sur internet ?Autrement dit, qui durera le plus longtemps, d'Alors on danse et sa noire allégresse ou de René la Taupe et son refrain écervelé ? On peut brandir des arbres généalogiques : Satisfaction, Zouk-la sé sel médikaman nou ni et Tomber la chemise d'un côté ; La Danse des canards, À la queue-leu-leu et Phénoménal de l'autre... On peut lancer des accusations (buzz internet téléguidé par Universal, allègue-t-on çà et là à propos de Stromae) ou agiter des plaidoiries (Mignon, mignon n'est pas plus ridicule en 2010 que Popcorn en 1972), on pourrait passer une soirée entière à dessiner la frontière entre la France de Stromae et la France de René la Taupe.
Il y a de toute évidence quelque chose de plus pérenne chez René la Taupe, qui nous rappelle combien il a pu être écoulé de chansons bêtes sous toutes leurs formes de commercialisation depuis le succès de Pouet pouet chanté par Milton dans les années 20 (« Je lui fais pouet-pouet/Elle me fait pouet-pouet/On se fait pouet-pouet/Et puis ça y est »). Un coup ? Assurément, et dans la plus belle tradition de la loufoquerie gauloise qui enchante les gosses à la récré comme les banquets d'adultes.
On peut être fondé à croire que de tels objets culturels ne déferlent pas innocemment. Il y a peut-être une logique secrète à ce que l'été de Stromae soit aussi l'été de René la Taupe : pourquoi ne pas plonger le plus loin possible dans l'humour sommaire et une certaine laideur bon enfant lorsque s'impose une aussi sombre gaieté que celle d'Alors on danse ? Car Stromae est un personnage singulier, qui ravive (voire réinvente) dans la variété d'Europe occidentale une tradition plutôt créole, qui consiste à faire entendre les pires constats sur l'état du monde sur des rythmiques dansantes. Chez les Brésiliens comme chez Kassav' mais aussi parfois, jadis, chez les Rolling Stones ou chez les Kinks, on rencontre ces alliances presque contre nature de joie et de désespoir, de plaisir sensuel et de vague à l'âme... Avec Alors on danse, Stromae tend à notre époque le miroir inattendu d'un désespoir dansant, d'une fête au bord du gouffre. Si cette lucidité n'avait pas déferlé sur les ondes ces derniers mois, se laisserait-on aussi facilement conquérir par René la Taupe ?
Vos réactions
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Jeromde a écrit le 24/03/2011 à 18:18 :
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Stromae est belge...
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