ANALYSES - OPINION
« Culture et internet : faut-il avoir peur de la gratuité ? ». Tel était le thème de la convention nationale organisée par la commission culture du Parti radical, jeudi 28 mai, au Palais Bourbon. Cette rencontre a réuni de nombreux professionnels de la filière autour de Christine Albanel. Le but étant, pour Henri Maurel, animateur de l'après-midi et fondateur de Radio FG, « d'affronter la réalité prévisible ».
Cette convention, plus que d'apporter de vraies réponses à une question donnée, a permis à la ministre Christine Albanel d'évoquer l'après Hadopi, et à certains des intervenants d'exprimer des idées intéressantes. A commencer par Bernard Miyet, le président du directoire de la Sacem, pour qui « la gratuité n'est pas le problème. Elle peut exister pour le consommateur sans empêcher une rémunération du créateur. » Selon lui, la question du moment est probablement au sujet de la façon dont les pratiques évoluent. « Les comportements deviennent-ils plus vertueux ? Il est en tous cas de notre devoir de vérifier comment se développent les nouveaux services et comment la compensation arrive à s'effectuer. » Et de donner des chiffres évocateurs : entre 2008 et 2003, ce sont 55 millions d'euros qui ont disparu en collecte de droits (de 176 M€ à 121 M€), quand le numérique permettait d'en gagner 5 (de 3 à 8 M€). Enfin, revenant sur la question des fournisseurs d'accès à internet, il a rappelé qu'une directive européenne les avait exemptés de toute obligation juridique, regrettant « cette limite à laquelle la France est confrontée ».
Une autre intervention pertinente, celle de Michel Thiollière, rapporteur du projet de loi Hadopi, qui en introduction a rappelé que 2,4% de la population active travaillait dans le domaine de la création. « Ce qui tire la France à l'international, c'est son univers culturel a-t-il insisté. Si on l'abandonne, les conséquences économiques peuvent être désastreuses. Nous sommes très observés sur ce qui est en train de se passer, tout le monde a intérêt à ce que ça marche. » Tout en se montrant confiant quant à l'après Hadopi, estimant la société française « capable de comprendre et d'évoluer ».
Pas un outil mais un espace
Le sociologue Stéphane Hugon a ensuite élevé le débat, commençant par expliquer « que la relation des utilisateurs à la technologie n'est pas seulement fonctionnaliste mais qu'elle s'épaissit d'une dimension relationnelle. » « Il faut garder en tête qu'internet n'est pas un outil mais un espace » a-t-il poursuivi. Quant à l'acte de téléchargement, il naîtrait de « la promesse inconsciente de l'être ensemble, la personne n'est jamais seule, c'est une motivation importante du passage à l'acte. Initialement a été prévue une relation de personne à contenu et c'est en fait une relation de personne à personne qui s'est développée. »
C'est enfin la ministre Christine Albanel qui a clos cette après-midi de réflexions. Après avoir rappelé que la loi votée était « un cadre juridique et psychologique » et que le changement se fera « en fonction de l'évolution des technologies », elle a annoncé l'ouverture d'autres chantiers. « Il faut que les œuvres circulent car tout le monde y a intérêt. Il faut par ailleurs tout faire pour augmenter le pouvoir d'achat des mélomanes par le biais de la fiscalité. Il faut aussi que les PME aient un accès plus facile au crédit ou qu'elles aient des facilités pour renforcer leurs fonds propres.» Autant de sujets qui devraient faire l'objet de travaux, peut être organisés au sein d'états généraux de la musique, comme l'a souhaité la ministre.
Maud Philippe-Bert
Des idées autour d'internet et la gratuité
« Culture et internet : faut-il avoir peur de la gratuité ? ». Tel était le thème de la convention nationale organisée par la commission culture du Parti radical, jeudi 28 mai, au Palais Bourbon. Cette rencontre a réuni de nombreux professionnels de la filière autour de Christine Albanel. Le but étant, pour Henri Maurel, animateur de l'après-midi et fondateur de Radio FG, « d'affronter la réalité prévisible ». Cette convention, plus que d'apporter de vraies réponses à une question donnée, a permis à la ministre Christine Albanel d'évoquer l'après Hadopi, et à certains des intervenants d'exprimer des idées intéressantes. A commencer par Bernard Miyet, le président du directoire de la Sacem, pour qui « la gratuité n'est pas le problème. Elle peut exister pour le consommateur sans empêcher une rémunération du créateur. » Selon lui, la question du moment est probablement au sujet de la façon dont les pratiques évoluent. « Les comportements deviennent-ils plus vertueux ? Il est en tous cas de notre devoir de vérifier comment se développent les nouveaux services et comment la compensation arrive à s'effectuer. » Et de donner des chiffres évocateurs : entre 2008 et 2003, ce sont 55 millions d'euros qui ont disparu en collecte de droits (de 176 M€ à 121 M€), quand le numérique permettait d'en gagner 5 (de 3 à 8 M€). Enfin, revenant sur la question des fournisseurs d'accès à internet, il a rappelé qu'une directive européenne les avait exemptés de toute obligation juridique, regrettant « cette limite à laquelle la France est confrontée ».
Une autre intervention pertinente, celle de Michel Thiollière, rapporteur du projet de loi Hadopi, qui en introduction a rappelé que 2,4% de la population active travaillait dans le domaine de la création. « Ce qui tire la France à l'international, c'est son univers culturel a-t-il insisté. Si on l'abandonne, les conséquences économiques peuvent être désastreuses. Nous sommes très observés sur ce qui est en train de se passer, tout le monde a intérêt à ce que ça marche. » Tout en se montrant confiant quant à l'après Hadopi, estimant la société française « capable de comprendre et d'évoluer ».
Pas un outil mais un espace
Le sociologue Stéphane Hugon a ensuite élevé le débat, commençant par expliquer « que la relation des utilisateurs à la technologie n'est pas seulement fonctionnaliste mais qu'elle s'épaissit d'une dimension relationnelle. » « Il faut garder en tête qu'internet n'est pas un outil mais un espace » a-t-il poursuivi. Quant à l'acte de téléchargement, il naîtrait de « la promesse inconsciente de l'être ensemble, la personne n'est jamais seule, c'est une motivation importante du passage à l'acte. Initialement a été prévue une relation de personne à contenu et c'est en fait une relation de personne à personne qui s'est développée. »
C'est enfin la ministre Christine Albanel qui a clos cette après-midi de réflexions. Après avoir rappelé que la loi votée était « un cadre juridique et psychologique » et que le changement se fera « en fonction de l'évolution des technologies », elle a annoncé l'ouverture d'autres chantiers. « Il faut que les œuvres circulent car tout le monde y a intérêt. Il faut par ailleurs tout faire pour augmenter le pouvoir d'achat des mélomanes par le biais de la fiscalité. Il faut aussi que les PME aient un accès plus facile au crédit ou qu'elles aient des facilités pour renforcer leurs fonds propres.» Autant de sujets qui devraient faire l'objet de travaux, peut être organisés au sein d'états généraux de la musique, comme l'a souhaité la ministre.
Maud Philippe-Bert




ADELE
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