ANALYSES - DÉCRYPTAGE
Après avoir quitté Universal pour Because, le rappeur français Booba poursuit son seul et unique pari : déclasser
la concurrence. Soutenu par une communication efficace, il y parvient sans mal avec Lunatic, un cinquième disque solo qui affiche un démarrage foudroyant.
« Personne ne vend plus que moi / À c'que je sache ! » Cette rime un peu vantarde tirée du précédent disque de Booba pourrait bien trouver un écho dans les scores de vente atteints par son cinquième album solo, Lunatic (Tallac/Because/Warner), paru le 22 novembre. Entré directement en tête du Top albums, il s'est écoulé en deux semaines à plus de 60 000 exemplaires (dont 11 000 en numérique). S'il est clair que l'ancien membre du duo Lunatic a pu compter sur son aura d'incontournable du rap français, ce démarrage foudroyant est aussi à mettre au crédit d'une communication efficace mise en place par Because, avec qui l'artiste s'est associé en 2009 après avoir sorti trois albums chez Barclay/Universal. Un marathon promotionnel qui a débuté bien avant la sortie du disque.
« Le premier impératif était de consolider l'image auprès de la presse spécialisée, en partant très fort sur la cible rap », indique Alexis Puterflam, chef de projet chez Because. Booba apparaît ainsi, entre septembre et novembre, en couverture de Rap Mag, R.A.P., et Planète Rap Mag, envoyant sur les ondes spécialisées (Skyrock, Ado FM, Génération) pas moins de deux singles. Créant une attente très forte au sein du public rap, le label élargit progressivement la cible pour atteindre peu à peu des médias plus traditionnels. Une stratégie payante, puisqu'au moment de la sortie, Les Inrocks, Snatch et GQ consacrent leur couverture au rappeur. « C'est un phénomène qui le met à part dans le hip-hop français, commente Tahar Chender, directeur marketing chez Because. C'est positif de voir cette presse peu habituée à traiter le rap se pencher sur ses textes et sa musique ». Selon Stéphane Davet, journaliste au Monde, qui lui consacrait un reportage au mois d'août, c'est aussi l'image du rappeur qui a permis d'atteindre ce type de médias : « Depuis quelques années, Booba a imposé un personnage, un style, une écriture scotchante et une bande-son originale, détaille le journaliste. Il possède une vraie présence et un côté sulfureux, un brin de mystère qui permet de raconter une histoire. Ce n'est pas négligeable à une époque où, artistiquement, le rap n'est pas à son plus haut niveau ».
L'alternative internet
En dépit de cette présence massive dans la presse et sur les ondes, Booba n'a cependant pas bénéficié d'une présence télévisuelle marquée, à l'exception du Grand Journal, qui l'a reçu fin novembre. Face à cette situation, la clé du succès aura été le travail opéré sur le web. « Pour une musique comme le rap, qui a tendance à être marginalisée dans les médias traditionnels, internet offre une véritable alternative, commente Tahar Chender. Nous sommes partis avec l'idée d'impulser et de maîtriser une visibilité constante, avec un événement par semaine sur le net, du mois de septembre jusqu'à la sortie ». Clips, interviews filmées, nouveau site internet, application iPhone et photos inondent ainsi la toile durant près de trois mois, poussant de nombreux webzines, spécialisés ou non, à se ruer sur l'artiste qui distribue des interviews à tour de bras (Booska-P, Abcdrduson, Gonzaï, Brain Magazine...). En point d'orgue de cette stratégie, Because réalise une édition spéciale iTunes de l'album, comprenant des modules vidéos inédits, des photos et un titre inédit (Kojak). Le projet s'écoule à 7 000 exemplaires en première semaine, plaçant 10 de ses titres dans le top 100 de la plateforme numérique. Un record toutes catégories confondues sur iTunes France !
Au terme de ce marathon, l'artiste et son équipe entendent bien maintenir la pression. Le rappeur entamera dès le printemps une tournée (Arachnée) dans les grandes villes de France et passera par quelques festivals durant l'été, avant de relever un défi de taille : un concert à Bercy le 1e octobre 2011. Une première pour le rap français, puisqu'à l'exception de NTM au moment de sa reformation, en 2008, aucun rappeur français n'a encore rempli cette salle en solo.
THOMAS BLONDEAU
01/02/11
Booba : blitzkrieg promo !
Après avoir quitté Universal pour Because, le rappeur français Booba poursuit son seul et unique pari : déclasser la concurrence. Soutenu par une communication efficace, il y parvient sans mal avec Lunatic, un cinquième disque solo qui affiche un démarrage foudroyant.
« Personne ne vend plus que moi / À c'que je sache ! » Cette rime un peu vantarde tirée du précédent disque de Booba pourrait bien trouver un écho dans les scores de vente atteints par son cinquième album solo, Lunatic (Tallac/Because/Warner), paru le 22 novembre. Entré directement en tête du Top albums, il s'est écoulé en deux semaines à plus de 60 000 exemplaires (dont 11 000 en numérique). S'il est clair que l'ancien membre du duo Lunatic a pu compter sur son aura d'incontournable du rap français, ce démarrage foudroyant est aussi à mettre au crédit d'une communication efficace mise en place par Because, avec qui l'artiste s'est associé en 2009 après avoir sorti trois albums chez Barclay/Universal. Un marathon promotionnel qui a débuté bien avant la sortie du disque.
« Le premier impératif était de consolider l'image auprès de la presse spécialisée, en partant très fort sur la cible rap », indique Alexis Puterflam, chef de projet chez Because. Booba apparaît ainsi, entre septembre et novembre, en couverture de Rap Mag, R.A.P., et Planète Rap Mag, envoyant sur les ondes spécialisées (Skyrock, Ado FM, Génération) pas moins de deux singles. Créant une attente très forte au sein du public rap, le label élargit progressivement la cible pour atteindre peu à peu des médias plus traditionnels. Une stratégie payante, puisqu'au moment de la sortie, Les Inrocks, Snatch et GQ consacrent leur couverture au rappeur. « C'est un phénomène qui le met à part dans le hip-hop français, commente Tahar Chender, directeur marketing chez Because. C'est positif de voir cette presse peu habituée à traiter le rap se pencher sur ses textes et sa musique ». Selon Stéphane Davet, journaliste au Monde, qui lui consacrait un reportage au mois d'août, c'est aussi l'image du rappeur qui a permis d'atteindre ce type de médias : « Depuis quelques années, Booba a imposé un personnage, un style, une écriture scotchante et une bande-son originale, détaille le journaliste. Il possède une vraie présence et un côté sulfureux, un brin de mystère qui permet de raconter une histoire. Ce n'est pas négligeable à une époque où, artistiquement, le rap n'est pas à son plus haut niveau ».
L'alternative internet
En dépit de cette présence massive dans la presse et sur les ondes, Booba n'a cependant pas bénéficié d'une présence télévisuelle marquée, à l'exception du Grand Journal, qui l'a reçu fin novembre. Face à cette situation, la clé du succès aura été le travail opéré sur le web. « Pour une musique comme le rap, qui a tendance à être marginalisée dans les médias traditionnels, internet offre une véritable alternative, commente Tahar Chender. Nous sommes partis avec l'idée d'impulser et de maîtriser une visibilité constante, avec un événement par semaine sur le net, du mois de septembre jusqu'à la sortie ». Clips, interviews filmées, nouveau site internet, application iPhone et photos inondent ainsi la toile durant près de trois mois, poussant de nombreux webzines, spécialisés ou non, à se ruer sur l'artiste qui distribue des interviews à tour de bras (Booska-P, Abcdrduson, Gonzaï, Brain Magazine...). En point d'orgue de cette stratégie, Because réalise une édition spéciale iTunes de l'album, comprenant des modules vidéos inédits, des photos et un titre inédit (Kojak). Le projet s'écoule à 7 000 exemplaires en première semaine, plaçant 10 de ses titres dans le top 100 de la plateforme numérique. Un record toutes catégories confondues sur iTunes France !
Au terme de ce marathon, l'artiste et son équipe entendent bien maintenir la pression. Le rappeur entamera dès le printemps une tournée (Arachnée) dans les grandes villes de France et passera par quelques festivals durant l'été, avant de relever un défi de taille : un concert à Bercy le 1e octobre 2011. Une première pour le rap français, puisqu'à l'exception de NTM au moment de sa reformation, en 2008, aucun rappeur français n'a encore rempli cette salle en solo.
THOMAS BLONDEAU
01/02/11




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