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ANALYSES - DÉBATS

Le secteur musical face au développement durable

Le secteur musical face au développement durable Eco-responsabilité et développement durable : deux termes entrés dans le langage citoyen, mais qui ont, à quelques exceptions près, encore du mal à se frayer un chemin dans les milieux du spectacle vivant et de la musique enregistrée, pourtant gros consommateurs d'énergie et de matières premières. Comment développer de meilleures habitudes au sein de la filière ? Comment l'impliquer dans le soutien de ces comportements vertueux ? Enfin, comment aussi mieux sensibiliser le public à des enjeux pour lesquels il a également une part de responsabilité ? Pour répondre à ces questions, Musique Info s'est entouré de quatre spécialistes du sujet, impliqués ou non dans la filière musicale : Sébastien Pujol (producteur exécutif de Tryo), Bernard Batzen (directeur artistique des Méditerranéennes de Leucate et membre de l'association de festivals Yourope), Pierre Johnson (sociologue et membre de l'association Fairplaylist, qui agit en faveur de la diversité musicale en intégrant des valeurs d'équité et d'écologie) et Roger Beaufort (membre du cabinet d'études et de conseil en écologie Horizons). Compte rendu d'une discussion à bâtons rompus.


M. I. : Face au développement durable, le secteur de la musique est-il en avance ou en retard par rapport à d'autres secteurs économiques ?
Roger Beaufort : Le secteur de la musique n'est ni en avance, ni en retard, par rapport à d'autres. Mais à l'intérieur de ce secteur, on voit que les festivals sont plutôt en avance, avec notamment la création de labels « vert », face aux salles de spectacles ou aux émetteurs de billetterie, par exemple. Enfin, on peut dire que les actions menées par les festivals ont joué un rôle moteur pour les communautés d'agglomération, par exemple, et d'autres secteurs que la musique.

M. I. : Pourraient-elles être moteur pour le milieu de la musique enregistrée, qui parle très peu de développement durable ?
R. B. : Ce n'est pas encore intégré. Mais on peut voir le développement du MP3 et de la musique en ligne comme une démarche écologique.
Sébastien Pujol : Pour notre dernier disque, nous avons demandé à ce que le packaging soit imprimé sur papier FSC ou recyclé. La maison de disques n'a absolument pas rechigné. Peut-être était-ce parce que Tryo est un groupe important chez Sony, mais toujours est-il que les équipes de fabrication se sont laissées prendre au jeu et nous nous sommes rendus compte qu'il suffisait de peu pour inciter nos partenaires à adopter une démarche éco-responsable.

M. I. : Qu'est-ce qui a incité Tryo à faire son bilan carbone ? Quelles conclusions en avez-vous tiré ?
S. P. : Cela fait des années que nous collaborons avec GreenPeace. Nous voulions, cette fois-ci, mettre en place des actions concrètes. Ce qui nous a amené à mettre en place un vrai bilan carbone sur la première partie de la tournée, soit 46 dates de concerts et 120 000 personnes sondées. A la lecture de ses conclusions, nous avons décidé de mettre en place une série d'actions concrètes sur la tournée des Zénith jusqu'au concert à Bercy, en décembre dernier : utilisation de vaisselle lavable pour toute l'équipe de la tournée, achat de produits locaux et biologiques pour nos repas, distribution des boissons dans des gobelets consignés pour le public, communication sur recyclé ou FSC, éclairage à basse consommation, décors en bois, optimisation du tri sélectif en backstage... Mais la grosse tendance qui est ressortie de ce bilan, c'est que 80 % des émissions de CO2 provenaient du transport du public ! Dans cet ensemble, nous avons également pu nous rendre compte que plus de 90 % du carbone était émis par les spectateurs qui faisaient plus de 5 km pour se rendre à la salle de spectacles. Le but, clairement, est de réduire les transports. Et en parallèle, on s'aperçoit qu'il y a un certain retard de la part des vendeurs de billets, qui pourraient immédiatement aiguiller sur des solutions de transport en commun ou de covoiturage.
R. B. : La problématique du transport n'est pas propre au secteur de la musique. Et sur cet aspect, nous avons énormément difficultés à obtenir des facteurs de réduction. Ce que l'on peut observer, sur l'organisation d'une tournée musicale, c'est que si tous les acteurs de la tournée ne convergent pas vers une même action, les résultats seront difficiles à obtenir. Et sur une tournée, ils s'agit du producteur, des salles de spectacle et du vendeur de billets.

M. I. : Afin de réduire les émissions de C02 du public, vous avez mis en place une plateforme de covoiturage. Quel succès a-t-elle remportée ?
S. P. : Il faut savoir que si nous avions agi sur tous les leviers, au maximum de nos possibilités, nous aurions réduit les émissions de carbone de 5 à 10 %... Concernant le covoiturage, nous avons eu entre quatre et huit voitures sur chaque date. Cela semble assez peu, d'autant que nous avions mis du merchandising en jeu et que avions largement parler de cette problématique dans les médias. Toutefois, pour les spécialistes du covoiturage, nos résultats étaient très concluants. Le problème, c'est que le covoiturage sur une date, c'est du « one shot ». En ce moment, nous tentons d'impliquer le syndicat des producteurs, le Prodiss, pour mettre en place une plateforme unique de covoiturage pour toutes les productions de concerts, qui serait un référent pour le public.

M. I. : Le peu de monde apparemment mobilisé sur le covoiturage signifie-t-il que le public est encore peu sensible à ces problématiques ?
R. B. : Cela veut surtout dire qu'en dehors de Tryo, qui a fait circuler l'information sur son initiative, ni la salle ni le vendeur de billet ne l'a relayée. Donc qu'en dehors des fans, peu de monde était au courant.

M. I. : Vous avez également mis en place un système de gobelets consignés...
S. P. : Nous avons en effet, tourné avec nos gobelets, consignés, lavables, pour réduire au maximum les déchets. Sur cet aspect, nous nous sommes rendu compte que toutes les salles ne pratiquent pas le tri sélectif. Et le déchet qui a le plus de poids, c'est celui du catering. Il suffirait de faire du compost dans toutes les salles de concert et on réduirait significativement les émissions de carbone. Après, reste à savoir si les Zénith ont besoin de compost. C'est bête, mais c'est avec de petites actions comme celles-ci qu'on parviendra à avancer.

M. I. : Cette logistique, déployée à l'occasion de la tournée, a-t-elle occasionné des surcoûts importants ?
S. P. : Non, nous en avons même gagné un peu et l'avons reversé à Green Peace. Après, il faut être honnête : les gobelets ont fait un peu office de merchandising et les gens sont facilement repartis avec, ce qui a générer de l'argent avec lequel nous avons pu payer la personne qui lavait les gobelets, ainsi que toute l'installation de tri sélectif mise en place sur la tournée. Et puis, des produits comme les piles rechargeables, que nous avons utilisé pendant la tournée pour les micros, notamment, permettent de réaliser des économies. D'autant qu'aujourd'hui, il existe des produits qui fonctionnent mieux que les piles jetables. Nous nous sommes alliés à une marque qui nous propose des solutions plus écologiques et économiques. Nous avons tout à y gagner.
B. B. : C'est un processus sans fin. Plus on avance, plus on se rend compte des progrès qu'il reste à faire, plus on persévère afin de faire mieux.
S. P. : On nous a parfois critiqué, en nous disant que nous nous déplacions avec un gros semi-remorque très polluant. N'empêche que le bilan carbone a démontré que le kilométrage cumulé du staff technique d'une petite salle de concerts était plus polluant que l'itinéraire raisonné de notre bus et notre semi-remorque, qui n'avaient fait que 300 kilomètres là où eux en avait fait plus de 450 en cumulé.

M. I. : Est-ce que la démarché de Tryo est applicable à tout autre tournée professionnelle ?
B. B. : C'est une réflexion que l'on mène avec certains artistes. Il faut que l'initiative d'eux, nous ne pouvons rien leur imposer. Dans le cadre d'un festival, c'est différent, nous pouvons nous permettre d'avoir une démarche didactique vis-à-vis du public. En ce qui concerne notre travail de producteur au quotidien, il faut vraiment que ce soit l'artiste qui s'engage dans cette démarche. D'ailleurs, leur conduite a valeur d'exemple auprès du public et leur démarche peut faire des petits. Nous, producteurs, dépendons des artistes.
S. P. : Oui, cela dépend des artistes, mais pas obligatoirement. Les festivals en sont l'exemple, les salles le contre-exemple. Quand on regarde la consommation d'énergie d'une salle, il y a l'éclairage et le son, d'accord, mais ce qui consomme le plus, c'est la climatisation, la ventilation et le chauffage du lieu. Là, il n'y a pas besoin des artistes, on est davantage sur des problèmes qui relèvent des compétences des agglomérations.

M. I. : Pierre, que vous inspirent toutes ces réflexions ?
P. J. : Faiplaylist est une petite association basée à Ménilmontant, qui travaille avec des artistes et organise un petit festival de musique, écologique et équitable. Nous nous sommes efforcés, ces dernières années, à réfléchir aux aspects écologiques du développement durable. Concernant la consommation énergétique, notre but était de passer un contrat avec un fournisseur d'énergie renouvelable, ce que nous avons fait avec Enercoop, qui fonctionne en plus sous forme coopérative, ce qui correspond parfaitement à nos valeurs d'économie sociale et solidaire. Nous avons essayé d'inciter les salles dans lesquelles nous organisions le festival à travailler avec Enercoop.
B. B. : Ce qui a dû être compliqué, dans le sens où les salles, doivent changer de prestataire...
P. J. : En effet, une seule l'a fait, mais c'est déjà bien. Les scènes ouvertes et gratuites, qui seront installées cette année sur la place du métro de Ménilmontant, fonctionneront avec de l'énergie renouvelable. Pour ce qui est de l'électricité en salles, on se retrouve dans une situation similaire à de nombreux autres secteurs. Il faut que chaque artiste, chaque festival, chaque salle soit sensibilisé à cette problématique, mais qu'à un moment donné, la démarche éco-responsable soit portée de manière collective si on veut avancer.
B. B. : Je crois au contraire qu'il n'y a pas de petits pas. Je pense que même 1 % sur un bilan carbone, c'est déjà énorme.
P. J. : J'aimerais bien aussi évoquer le cas du disque. Nous avons essayé de faire une analyse du cycle de vie d'un CD. Durant ces prochaines années, il va certainement y avoir des milliers de tonnes de CD qui, s'ils ne sont pas traités, vont dégager de la dioxine. Nous nous sommes rendus compte, après des recherches, que la Suisse organisait la récupération et le traitement de ces disques, tout comme l'Angleterre. Il faut simplement du volume pour que cela soit rentable. Pourquoi rien n'est organisé en France ? Le disque est un support de valorisation de l'artiste, qui ne vaut plus rien en tant que tel avec l'avènement du MP3, alors autant en faire un objet unique et surtout écologique.
S. P. : Cela pose par ailleurs une vraie question : est-ce que ça n'est pas plus écologique de télécharger que de continuer à fabriquer des disques ? En même temps, pour le téléchargement, il faut obligatoirement un ordinateur, qui peut être aussi très polluant. Mais on pourrait facilement dire que pour adopter une démarche écolo, il faut télécharger la musique plutôt que d'acheter des disques.

M. I. : Est-ce un discours que Tryo pourrait tenir ?
S. P. : Je ne sais pas. Le physique représente encore une part importante pour nous. Nous sommes attachés à faire un bel objet et avons également passé tout le back catalogue en papier cartonné FSC, ce qui n'a pas été sans ennuyer la maison de disques. Tout est recyclable excepté la galette, en plastique, qui pose un problème de collecte.

M. I. : Pour les festivals qui mettent en place toutes ces mesures éco-responsables, quel est le surcoût ?
P. J. : C'est difficile à dire, nous sommes encore dans une économie associative. Nous n'avons pas un modèle économique de festival, nous sommes davantage dans une démarche de sensibilisation. Toutefois, avec Enercoop, on peut facilement savoir si cela entraîne un surcoût ou pas. Ceci dit, le marché de l'énergie est très complexe en ce moment, avec une ouverture à la concurrence et, en même temps, des garanties pour ceux qui restent chez EDF.
R. B. : Oui, mais ce que l'on peut ajouter, c'est que les salles de spectacles, qui disposent souvent de l'abonnement Tarif Jaune d'EDF, le perdront en 2015. Elles vont être obligé de re-signer, avec de nouvelles tarifications.
S. P. : C'est vrai. Si en 2015, personne ne dispose plus du Tarif Jaune, tout le monde a intérêt à s'équiper de matériel qui consomme moins, sans quoi l'addition risque d'être salée. Est-ce qu'à partir de ce moment-là, le rapport ne va pas être amené à changer ? N'est-ce pas la salle qui va proposer un nombre d'ampère maximum à utiliser à l'artiste, alors qu'aujourd'hui, c'est plutôt l'artiste qui arrive dans une salle en disant combien il veut consommer ? De toute façon, le bilan carbone nous a montré que le son consomme plus d'énergie que la lumière, aussi surprenant que cela puisse paraître.
P. J. : Il y aurait peut-être également de la sensibilisation à faire au niveau de l'équipement : une Led consomme dix fois moins qu'une ampoule classique.
R. B. : En même temps, sur la tournée de Tryo, nous avons calculé qu'entre un éclairage classique et l'utilisation de Leds, le gain en électricité se situait entre 5 et 10 € par concert.
B. B. : C'est toujours pareil, certains équipements sont encore rares, donc chers. De notre côté, nous voulions installer des toilettes sèches aux Méditerranéennes, qui sont beaucoup plus chères que des toilettes chimiques, et dont on a dû se priver cette année encore. Le surcoût engendré par une démarche éco-responsable est une réalité. Organiser le tri sélectif, mobiliser des équipes pour le nettoyage permanent du site... Tout cela entraîne des coûts importants mais qui sont de bons investissements et qui se réduiront au fur et à mesure du temps, si la demande devient plus importante.
P. J. : Est-ce qu'on ne pourrait pas imaginer un crédit d'impôt, au même titre que ceux qui s'appliquent aux particuliers lorsqu'ils achètent, par exemple, une chaudière économe en énergie ?
S. P. : Vous parlez de crédit d'impôt et d'appliquer à une entreprise ce qui s'applique aux particuliers, mais il faut voir par exemple que le tri sélectif s'organise gratuitement pour les particuliers alors qu'il est souvent à la charge des entreprises dans certaines zones industrielles. Pas sûr qu'un crédit d'impôt puisse voir le jour dans le monde des festivals qui veulent adopter une démarche de développement durable.

M. I. : Comment fonctionne le label Green & Clean, mis en place l'association de festivals européens Yourope, que vous représentez, Bernard ?
B. B. : Yourope est une association qui compte aujourd'hui plus de 60 membres, dans 23 pays, parmi lesquels de très gros festivals comme Roskilde, Montreux, Paléo, Benicassim, Eurosonic, le Printemps de Bourges ou bien Rock en Seine. Nous avons calculé que toutes ces manifestations rassemblaient plus de cinq millions de personnes chaque année. Nous travaillons sur beaucoup de dossiers, comme la sécurité sur les sites des festivals et la circulation des artistes, mais aussi sur un label « vert », Green & Clean. Il a été créé en 2006 avec l'aide d'un consultant suisse, qui nous a aidé à élaborer un questionnaire de 90 points. Pour parvenir à obtenir le label, il faut arriver à en satisfaire 46. Actuellement, sur les soixante festivals de Yourope, seuls 24 ont réussi à l'obtenir, dont les Transmusicales en France.

M. I. : Quels sont les avantages pour les titulaires du label ?
B. B. : C'est incitatif. Un label environnemental, c'est d'abord une bonne chose pour l'image du festival. Cela lui permet aussi de démarcher des partenaires, des aides publiques, des sponsors, c'est très incitatif. Green & Clean n'est pas un label officiel, il a une valeur symbolique, mais nous souhaiterions, pourquoi pas, participer à la création d'un véritable label officiel au niveau européen. C'est un travail énorme, mais nous ne demandons rien de mieux.
R. B. : Nous avons labellisé des hôtels. Pour les directeurs de ses établissements, le label donne une lisibilité des actions à mener, établit une référence pour le corps de métier et donne des gages de garanties pour la clientèle.
P. J. : Comment résolvez-vous cette problématique du transport, premier poste d'émission de CO2 ?
B. B. : C'est notre très gros problème aux Méditerrannéennes, qui fait notamment que nous ne disposons actuellement pas du label Green & Clean. Nous nous installons sur un site superbe, une bande de terre entre l'étang de Leucate et la mer. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de transport en commun et que la gare est à 5 kilomètres. Tout ce que je souhaite, c'est que l'on puisse mettre à disposition des navettes gratuites depuis toutes les grandes villes avoisinantes. C'est la solution : favoriser les transports en commun et le covoiturage, ce que nous faisons. Certains festivals sont très avancés sur la question. Le Paléo, où le train arrive quasiment devant le site, parvient à avoir 35 % de son public qui se déplace en transports en commun. Toutes ces infos et manières de travailler sont autant d'expériences que l'on échange au sein de Yourope.
R. B. : Pour compléter sur le transport, j'apporterai encore un exemple lié à la tournée de Tryo. A Avignon, la salle de concerts était située à l'extérieur de la ville, sans transport en commun, sauf un bus qui s'arrêtait à proximité du lieu mais pas le soir. Résultat, 98 % du public est venu en voiture. A Bordeaux, la salle était dans le centre ville, 72 % du public est venu en voiture. Pourtant, là où le plus de gaz à effet de serre a été émis, c'est à Bordeaux, parce que l'on est dans une agglomération, parce que c'est étendu, du coup, le rayonnement de la salle fait que les gens sont venus de plus loin, ont globalement fait plus de kilomètres pour s'y rendre.
S. P. : Les salles de concerts devraient étudier ces chiffres, c'est très technique et instructif.
P. J. : Un éco-festival, au-delà des mesures qui vont réduire de 2 % les émissions de gaz à effet de serre, a du sens pour le public. On se rend à un éco festival, on y va en navette, on trie ses déchets, et même si c'est une contrainte, c'est une action d'éducation à l'environnement qui dépasse le cadre du festival de la musique. Ce sont des initiatives qui pourraient être subventionnées.
R. B. : Maintenant les données changent un peu. Un festivalier s'attend à avoir le tri sélectif parce qu'il trie chez lui. Mais ce n'est pas encore passé du côté du monde professionnel : en coulisses, la zone technique laisse à désirer.
B. B. : Nous avons été le premier festival à utiliser les Ecocup. La première année, nous avons eu droit à un reportage sur TF1, anglé sur la démarche environnementale du festival. Suite à cela, la demande en gobelets consignés a explosé. Pourtant, tout le monde nous disait au début : « vous ne vous rendez pas compte, les gens sont tellement habitués à boire dans des gobelets en plastique, personne ne va vouloir de gobelets consignés. » Et c'est vrai que nous avions un peu d'appréhension, mais si vous donnez des explications au public sur le but de la démarche, ça se passe très bien. Nous nous disions la même chose pour le tri sélectif quand nous l'avons lancé. Et les gens aiment collaborer, ça dépend la façon dont on leur présente. Il faut aussi que ça reste quelque chose de ludique. Je me souviens d'une anecdote d'un ami directeur d'un festival en Suisse qui me confiait la difficulté qu'il avait à faire ramasser les déchets aux gosses. Puis il a une idée de donner aux ramasseurs de déchets des t-shirts Trash Hero. C'est devenu la folie, tout le monde voulait le t-shirt et ramasser les déchets. C'est vraiment une façon de faire passer les choses.
S. P. : Avez-vous mesuré l'impact que l'introduction des Ecocup a eu sur l'environnement ?
B. B. : Quand on voit un lieu après la fin d'un festival, c'est parfois dantesque. Pour notre festival, c'est extraordinaire, on rend le site comme on l'a trouvé, voire même plus propre parce que, dans l'année, des déchets ont eu le temps de s'accumuler.
R. B. : Le fait de voir des gobelets à terre, cela donne l'impression qu'on peut tout jeter. Quand on arrive sur un lieu propre, il y a une difficulté à jeter. Mais c'est vrai que le public a, aujourd'hui, tendance à ramener les gobelets guise de souvenir. Au niveau du bilan environnemental, il y a donc l'impression que c'est plus de plastique utilisé que si on avait pris des gobelets jetables...

M. I. : Ajouté à cela le fait que les festivals ne réutilisent pas les mêmes gobelets d'une année sur l'autre...
R. B. : Cela dépend de la politique des festivals. En général les fonds non utilisés le sont l'année d'après.
S. P. : Une partie des gobelets est siglée du logo et de l'année mais l'autre pas.
R. B. : Soit les gobelets sont réutilisés lors de la prochaine édition du festival, soit le public les ramènent chez lui. Et l'on se rend compte qu'il les utilisent pour remplacer des verres ou des gobelets jetables. Tous ces gobelets continuent à limiter l'utilisation des gobelets jetables tout au long de leur cycle de vie, au-delà du festival.
S. P. : On est dix à quinze fois plus écologique sur l'ensemble du cycle de vie avec un gobelet consigné, bien qu'il faille de l'eau et du détergent pour le nettoyer.
R. B. : Mais ce n'est pas si simple de passer aux gobelets consignés. Les Vieilles Charrues n'y sont toujours pas arrivé !
B. B. : Et le Paléo a mis longtemps.

M. I. : Sur la problématique du transport, quelles mesures peut-on imaginer pour inciter le public à être plus responsable ? Les festivals peuvent-ils être pro-actifs et fixer, pourquoi pas, un prix plus incitatif si on se déplace en train plutôt qu'en voiture ?
S. P. : Nous avons réuni les vendeurs de tickets et le Prodiss afin d'inciter à ce que les informations pratiques pour venir en transport en commun apparaissent sur les billets.
P. J. : Pourquoi ne pas mesurer les émissions de CO2 des personnes qui se sont déplacés, selon leur mode de transport ?
R. B. : Je crois vraiment à ça : rendre visible les émissions. Faire ça de façon systématique. Puis dire : « vous avez différents choix de mode transport. »
R. B. : Nous avons fait une analyse des sites internet des salles pendant la tournée de Tryo : la desserte routière est donnée sur 70 % des sites, mais moins de 50 % indiquent les transports en commun, moins de 30 % la disponibilité des parkings à vélo et moins de 5 % renvoient vers des sites de covoiturage. Pour le covoiturage, il faut mettre un point de rencontre, comme sur les festivals. Offrir la possibilité de s'inscrire en arrivant, uniquement pour des retours et ne pas proposer que des allers/retours.
P. J. : Il faudrait pouvoir faire des partenariats entre des associations de co-voiturage et les salles. Les sociétés de covoiturage ont tout intérêt à voir naître ce genre d'intiatives.
S. P. : Les sites de covoiturage sont financés par les entreprises ou par les conseils généraux. On a discuté avec Ecolutis, un prestataire qui finance les sites, qui affirme que le co-voiturage ne marche que si on communique dessus. Et le meilleur moment c'est quand on achète le billet. Avec Tryo on a mis le paquet avec de la communication sur Europe 2...
R. B. : Un producteur serait-il capable de vendre le billet plus cher, si vous ne vous inscrivez pas sur le site de covoiturage ? Ou une salle de spectacle de réserver les 50 meilleures places, juste devant la scène, aux personnes qui viendraient en covoiturage ? Ce sont des expériences qui ont déjà été pratiquées.
P. J. : Il faut voir qui aurait intérêt au niveau économique ou image. Le vendeur de billets a-t-il intérêt à promouvoir ça ?
S. P. : Non, et c'est d'ailleurs pour ça qu'il ne le fait pas !
P. J. : Si la salle y a intérêt dans son image, peut-être peut-elle inciter le vendeur de billet ou le producteur à le faire...

Recueilli par Romain Berrod et Sébastien Peyraud



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